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Que deviendront nos bébés ?
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°59 - Page 27-29 Auteur(s) : Sylvie Séguret
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Que deviendront nos bébés?

De même que l'accoucheur, en examinant le placenta, voit s'il a été complètement expulsé ou si des fragments nocifs demeurent encore, de même nous devrions être en mesure de dire, et cela indépendamment du succès thérapeutique et de l'état actuel du patient, si notre travail a été parachevé ou si nous devons nous attendre à des rechutes et à de nouvelles offensives de la maladie ». Ainsi, en 1904, Freud dans La technique psychanalytique posait-il la question du devenir des patients. étrange comparaison d'ailleurs entre la maladie et le placenta, dont les « fragments nocifs » nuiraient au psychisme comme à l'utérus. Quoiqu'il en soit, la question du devenir de nos patients reste posée et trouve toute son actualité dans des questionnements contemporains concer-nant l'évaluation de nos pratiques.

Bertrand Cramer, dans Que deviendront nos bébés ?, s'interroge sur les signes précoces de difficultés postérieures, sur la prédictibilité des symptômes, sur leur maintien ou leur disparition. Il nous présente ici une étude longitudinale de plusieurs cas d'enfants reçus avant l'âge de deux ans et suivis jusqu'à la préadolescence.

Le matériel utilisé est celui « de la rencontre subjective ». Nous suivrons ainsi l'évolution et les parcours spécifiques de « Jimmy pot de colle », de « Maria ou l'absence ce soi », de « Monica ou le saut d'une génération », enfin de « Marielle ou une psychologue ». L'auteur s'interrogera sur les déterminants à l'ouvre dans la construction d'une personnalité, en laissant la place aux disciplines voisines, la sociologie, la génétique, la neurologie. Il nous fera partager sa surprise lorsque, devant une pré-adolescente vive et fine, il découvrira qu'elle en fait « une miraculée » et que le tableau psychopathologique qu'elle présentait à vingt mois était tout à fait inquiétant. Pourquoi certains enfants s'en sortent-ils ? Quels sont les facteurs favorables à la résilience ?

Le clinicien a l'habitude du drame et de la souffrance. La normalité et la santé psychique ne font pas partie de son lot professionnel. Il aura donc peu d'éléments pour évaluer ces facteurs de résilience et de guérison. « Le bonheur est silencieux, la santé inexplicable », pourtant Bertrand Cramer indique les deux voies qui échappent au pédopsychiatre et qui sont probablement des repères importants de la résilience : l'amour et la créativité. « C'est dans ces deux domaines que tous les parents et éducateurs peuvent contribuer à développer, puis solidifier, la résilience des enfants ».

Ouvrage salutaire, extrêmement attachant dans son humilité et son optimisme, d'abord aisé, il est à conseiller à tous, professionnels ou parents.