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L'enfant en psychothérapie de groupe
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°59 - Page 21-22 Auteur(s) : Blanche Massari
Article gratuit
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L'enfant en psychothérapie de groupe

Ce livre réalise une synthèse très utile à partir des recherches des auteurs sur les groupes thérapeutiques d'enfants. P. Privat et D. Quelin-Souligoux rappellent la naissance de la revue de psychothérapie analytique de groupe en 1985. En effet, au début des années 70, les indications des groupes étaient souvent faites par défaut et suscitaient de vives critiques. Pourtant, de nombreux groupes se sont développés dans les institutions, mais sans cadre de théorie ou références, d'où un certain empirisme, alors que tout le monde était souvent d'accord pour trouver un bénéfice thérapeutique dans ces groupes. Le premier congrès de psychothérapie de groupe d'enfants à Auxerre autour des psychothérapies d'enfants au regard de la psychanalyse date désormais de 88. Depuis 12 ans, que de chemin parcouru.

Les auteurs parviennent tout à fait au but recherché. En effet, le livre est très clair, très bien écrit et parvient à montrer que l'on peut sortir de cet empirisme, définir le cadre des groupes et continuer à faire progresser la recherche, dans un champ qui touche à la fois à l'interidividuel et à l'intrapsychique.

Il s'agit donc surtout d'expliciter, à partir de la clinique, les mécanismes mis en jeu dans tout fonctionnement groupal. Le cadre de référence est le groupe lui-même et les auteurs se réfèrent aux travaux de D. Anzieu, Bion, Foulkes et Anthony. L'intérêt du groupe est de permettre une double approche, c'est-à-dire à travers la dimension névrotique individuelle et la prise en compte des éléments plus précoces indifférenciés.

Les auteurs préconisent des groupes fermés, à durée indéterminée, ce qui leur semble le plus adapté à l'approche groupale. La position du thérapeute est surdéterminée par l'âge, ses parties infantiles sont mises en jeu, tout en maintenant la différence des générations. L'analyse personnelle est un préalable pour le thérapeute.

Le groupe représente un espace d'étayage sur les pairs, à chaque fois que l'enfant à une difficulté pour s'approprier une souffrance, pour formuler une demande spécifique individuelle. Les indications peuvent être pertinentes en cas d'inhibition intellectuelle, d'incapacité de représen-tation, d'une instabilité hypomaniaque avec fuite de la pensée, etc.

P. Privat et D. Quelin-Souligoux vont relater les fondements théoriques du cadre et du dispositif : « la démarche groupale consisterait, grâce à un dispositif adapté et au travail d'élaboration collective soustendu par l'écoute empathique de l'adulte, à donner aux enfants la possibilité de créer tous ensemble des normes de groupe et d'en introjecter les qualités. En effet, par l'intégration positive de l'expérience groupale, l'introjection de la fonction pare-excitante de cette enveloppe collective participera à la restauration des enveloppes psychiques individuelles défaillantes ». Nous reprenons ici l'intégralité du texte.

Le rôle du thérapeute est de donner du sens et de favoriser la reconnaissance de la dépression. La description des pratiques cliniques est très vivante, avec des allers et retours permanents entre théorie et pratique. Le groupe va, dans le processus, après une période initiale où les enfants veulent parfois le faire fonctionner sur un mode fraternel asexualisé, élaborer des tentatives de mise à distance avec, à la latence, un désinvestissement de l'adulte comme objet sexuel, puis le thérapeute dans son contre-transfert montre ses capacités d'indentification aux enfants. C'est la « rencontre identificatoire ». C'est le moment de l'illusion groupale avec transfert sur le groupe, fantasmé comme une mère généreuse, omnipotente (fantasme d'indifférenciation aconflictuel). Enfin, le moment de l'alliance thérapeu-tique, étape de désillusion où le thérapeute apparaît dans sa fonction paternelle différenciatrice et thérapeurique. Le groupe va donc fonctionner comme co-thérapeute. Ces processus ne peuvent parvenir que si le thérapeute s'adresse au groupe, et non pas à l'individu. Mais la problématique de l'individu s'élabore dans ce processus.

La dernière partie du livre va porter sur le travail du groupe avec les parents. Il est décrit là aussi plusieurs phases avec une position défensive au départ : il est parlé au début des problèmes des enfants, puis les parents peuvent enfin aborder leur propre souffrance. S'ensuit un mouvement de solidarité avec l'expression de sentiments dépressifs. Le groupe peut enfin fonctionner différemment quand les parents sont capables de faire un retour sur leur propre enfance, dans un mouvement indentificatoire parents-enfants.

Le dernier chapitre doit être lu attentivement par tout thérapeute qui voudrait faire un projet de groupe psychothérapeutique dans son institution. En effet, tout changement dans le cadre institutionnel peut provoquer, par peur de la nouveauté, des angoisses de type persécutif et la mobilisation de mécanismes de défense : ambivalence, clivage, déni de la réalité, omnipotence. Ces mécanismes vont devenir particulièrement efficaces et redoutables quand les groupes sont introduits sans élaboration préalable qui fasse lien avec les projets de l'institution. En effet, si la dynamique institutionnelle prend naturellement en compte le travail en groupe, cela permet d'avoir un projet intégré, sinon ce même travail proposé va être vécu comme un tour de force, voire même comme antagoniste. La situation sera encore plus difficile si l'institution est dans une perspective éducative ou sociale, car on sait bien que dans ce type d'institution, lorsque l'on parle de psychothérapie, il s'agit d'espace individuel protégé justement des autres groupes institutionnels.

Enfin, les auteurs terminent leur essai sur la discussion entre co et monothérapie. Ils ont eux-mêmes favorisé la monothérapie, après une longue expérience, car « donner à voir un couple réel ne favorise pas l'analyse de la fantasmatique odipienne ». Ils rappellent les propos de D. Anzieu : « Il y a une différence fondamentale entre donner à voir le fantasme (séduction) et le donner à entendre (interprétation) ». Néanmoins, les auteurs vont tempérer ce propos et admettre qu'on puisse être plusieurs co-thérapeutes dans les cas où on se trouve dans le registre de l'archaïque, où plusieurs adultes figureraient alors le clivage.

On peut rendre hommage aux auteurs qui donnent beaucoup à penser sur leurs expérience de thérapie de groupe, sur leur investissement et sur la place des groupes dans les institutions. Enfin, ce livre montre à quel point leur recherche est dynamique et en marche afin de continuer à mieux approfondir les indications et à essayer de pénétrer les processus de traitement qui est basé sur la compréhension psychanalytique du travail en groupe.