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Psychologie clinique, psychanalyse et psychomotricité
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°69 - Page 29-30 Auteur(s) : Philippe Pham Van
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Psychologie clinique, psychanalyse et psychomotricité

Patrick Ange Raoult

Cet ouvrage collectif, issu de plusieurs journées d'études et conférences tenues au sein du Centre d'études et de recherches psychomotrices et psychothérapiques (CERPP), fait suite à un premier livre, Le Transfert en extension. Dérivation d'un concept psychanalytique, paru chez le même éditeur.

Dans une étude épistémologique et socioprofessionnelle approfondie, P.A Raoult, partant du constat de l'existence institu-tionnelle de la praxis psychomotrice, en suit les avatars et la replace dans le cadre de la psychologie clinique. La visée n'est pas seulement de réinscrire une discipline dans une filiation dont elle est exclue, mais de préciser en quoi la psychomotricité révèle, en les déplaçant, des difficultés propres à la psychologie clinique, celles-ci tenant à l'ambiguïté du statut de psychologue clinicien et à la multiplicité des références théoriques au rang desquelles la psycha-nalyse tient une place autant privilégiée que problématique.

Le texte de S. Fauché s'inscrit dans une perspective critique et épistémologique. Il porte essentiellement sur l'usage des références psychanalytiques tirées des mémoires de troisième année de psycho-motricité. Parmi les exemples développés, certaines notions subissent des trans-formations pouvant aller jusqu'au contresens quand elles sont prises à la lettre. L'auteur met la psychomotricité en garde, dans sa référence à la psychanalyse, contre le risque ou la tentation d'une rhétorique allusive faite d'emprunts et de simplifications trompeuses.

D. Donstetter, dans une enquête auprès des profes-sionnels, recontextualise la pratique psychomotrice en regard des conditions psychosociales qui en déterminent l'exercice. Le « psychotropisme » partage le professionnel, pris dans des contraintes statutaires et sans légitimité théorique, entre un « groupe d'appartenance », les psychomotriciens, et un « groupe de référence », les psychothérapeutes. Une tentative d'« auto-définition » peut s'en suivre, suscitant en retour une modification féconde des contraintes sociales initiales, si une démarche critique est maintenue.

D. Latour évoque les rapports entre langage et motricité. Par-delà l'opposition rêve/motricité et à travers le jeu de la bobine, « l'existence d'une motricité alimentée à la même source que le rêve » est appréhendée. Le statut de la motricité n'en reste pas moins insaisissable. Dans un style métaphorique, l'auteur laisse entrevoir l'engendrement des mots et la capacité du langage à métaphoriser les données sensorielles. Ce texte interroge le travail de la métaphore dans son articulation avec un travail du concept en psychomotricité.

A. Lauras-Petit décrit le processus théra-peutique quand il répond à une pathologie conçue en terme d'arrêt du développement. La thérapie psychomotrice vise la reprise d'une psychogenèse pour des patients dont la problématique odipienne n'est pas prévalente. Le nouage de la psycho-pathologie, des objectifs, des modalités d'intervention et des indications fonde de façon cohérente cette clinique. Ce travail est exemplaire d'un courant de la psycho-motricité inspiré par la psychanalyse.

Le témoignage de S. Pernet pourrait s'intituler « la psychomotricité au risque de la psychose ». Il met à jour de façon violente les paradoxes de la pratique psychomotrice et les enjeux souterrains que cette pathologie exacerbe. La psychose mobilise massivement les défenses contre l'angoisse et sollicite les réflexes identitaires et corporatistes dont se soutient l'idéologie médicale.

F. Giromini fait une lecture en termes freudiens, puis lacaniens, d'une séance, dans une démarche où la clinique illustre un point de théorie sans réellement la mettre à l'épreuve. Dans ce type de rapport avec la psychanalyse, la psychomotricité ne risque-t-elle pas d'être réduite à un prétexte pour une introduction à la théorie lacanienne ?

Ch. Robineau croise la réflexion de P. A Raoult en ce point nodal que constitue la double formation de psychomotricien-psychologue. L'idéal de formation et la quête d'un statut social, hors de toutes considérations épistémiques, peuvent faire obstacle à l'élaboration d'objets paradoxaux, comme ceux de la psychomotricité et de la psychologie clinique, leurs difficultés de construction tenant essentiellement, au plan théorique, à l'embarras de penser ensembles des registres hétérogènes. De la « double formation » à la « formation permanente », l'auteur s'interroge sur les conditions nécessaires au maintien et à l'élaboration du paradoxe afin de susciter une confrontation sans cesse renouvelée avec l'inconnu.

Ce livre dense et argumenté est un outil de travail remarquable pour le chercheur et le praticien. La possibilité de faire jouer les textes cliniques et les textes épistémo-logiques dans un renvoi mutuel confère à l'ouvrage une cohérence interne et un caractère didactique appréciable