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Le langage de Winnicott. Dictionnaire explicatif des termes winnicotiens
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°69 - Page 20-21 Auteur(s) : Jean-François Rabain
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Le langage de Winnicott
Dictionnaire explicatif des termes winnicottiens

Avec Le langage de Winnicott de Jan Abram, les édition Popesco publient un remarquable instru-ment de travail que tous les winni-cottiens de langue française vont pouvoir découvrir et utiliser. Retrouver les mots de Winnicott qui nous sont si familiers et qui, avec le temps, sont devenus les nôtres, est un véritable plaisir.

Cet ouvrage n'est pas véritablement un dictionnaire quoiqu'il en ait la forme alphabétique. Il ne ressemble pas, en effet, au Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis, qui définit chaque concept freudien selon les formes d'un dictionnaire classique, il adopte une formule originale qui permet, non seulement d'apprendre, mais aussi de réfléchir et de penser.

Vingt-deux notions, parmi les plus célèbres, sont, en effet, analysées dans l'ouvrage. Et autour de ces 22 notions, toute l'ouvre de Winnicott se déploie. On y retrouve naturellement les « phénomènes transitionnels », le « holding », terme décidément intraduisible, la « préoccupation maternelle primaire », le jeu du « squiggle » ou de la spatule, la « capacité d'être seul », la notion de « sollicitude », de « créativité » pour ne reprendre que quelques uns de ces termes. Chaque notion est suivie d'une brève définition à laquelle succèdent divers sous-chapitres rappelant les textes dans lesquels la notion figure et qui illustrent les extensions du concept. Les sources et les références bibliographiques sont données à la fin de chaque chapitre.

Chaque concept s'inscrit, en effet, dans « un projet de clarté, qui permet de trouver aisément le terme que l'on cherche et son halo de significations significatives », écrit Cléo Athanassiou-Popesco dans la présentation de son livre. Chaque notion recensée renvoie à ses différentes occurrences dans l'ouvre de Winnicott. Les textes théoriques et cliniques qui illustrent ces notions permettent aisément de passer d'un concept à l'autre, ce qui est facilité par les nombreuses références qui accompagnent leur présentation. Il faut saluer, ici, le magnifique travail de Jan Abram et de Cléopâtre Athanassiou qui nous permettent de redécouvrir l'ouvre du génial psychanalyste anglais qui fait aujourd'hui l'unanimité parmi les psychanalystes, de quelque obédience qu'ils soient.

La grande place donnée, dans ce livre, aux citations tirées des ouvres de Winnicott permet de pénétrer la pensée du psychanalyste anglais à partir de ses textes mêmes. Cette lecture permet de découvrir à nouveau les textes d'un auteur que nous avons tous beaucoup lu, mais que nous redécouvrons à chaque fois que nous relisons ses livres.

L'oeuvre de D. Winnicott est si riche, si paradoxale, si complexe aussi, malgré la clarté du style, qu'elle n'est pas, contrairement aux apparences, toujours facile à suivre, ni toujours comprise. Les concepts les plus connus sont parfois utilisés de manière inappropriée, notam-ment avec l'utilisation excessive de la notion de transitionnalité ou de faux « self ». En fait, l'oeuvre de Winnicott, par les mouvements tourbillonnants de son style et par son associativité même, est une ouvre qui d'abord nous permet de penser.

Cléopâtre Athanassiou nous rappelle, dans sa présentation de l'ouvrage, que le souhait premier de Winnicott était qu'un psychanalyste permette au patient de penser, plutôt que de mettre en avant l'intelligence de ses brillantes inter-prétations. De la même façon, Jan Abram a repris cette perspective, dans un grand esprit de modestie, écrit C. Athanassiou, en ne s'effaçant pas seulement devant Winnicott, mais également devant ses lecteurs. Elle permet en effet à ceux-ci de repenser par eux-mêmes les différents concepts winnicottiens, et ne place ses commentaires que de manière à ce qu'ils puissent former « un environnement suffisamment bon » à notre propre capacité de penser. Cette forme de pensée créatrice soutient et sollicite notre propre créativité, remarque Cléo Athanassiou qui n'hésite pas à donner elle-même un exemple de cette fertilité et de cette générativité dans la présentation qu'elle fait de l'ouvrage.

Cléo Athanassiou remarque, en effet, que si Winnicott a fort peu utilisé dans son ouvre le terme de « narcissisme », il se situe néanmoins au cour du sujet lorsqu'il étudie la distinction à effectuer entre le « vrai » et le « faux self ». Alors que le « faux-self » se constitue par une nécessité de s'adapter à un environnement qui impose, en quelque sorte, son propre narcissisme au self de l'enfant, le « vrai self », quant à lui, se développe à son rythme. Le « vrai-self » n'a pas eu à reconnaître préma-turément l'existence de l'objet. L'environ-nement objectal a permis au bébé de conserver l'illusion dans lequel il s'est cru le créateur du monde. C'est à son rythme et selon ses capacités que le bébé se retirera de cet état afin de reconnaître l'existence de l'objet. Il faut donc que l'objet s'efface pour que le bébé consente un jour à laisser place à l'objet et à sa reconnaissance. Le lien qui se noue avec l'objet est un lien d'abord créé selon le bon vouloir du bébé avant d'être un lien de nécessité.

C'est donc une réflexion sur la place de la réalité et celle tout autant nécessaire de l'illusion propre au narcissisme primaire que nous engage Winnicott. Il est nécessaire que la réalité externe se taise d'abord pour laisser place à l'illusion du bébé d'être le créateur du monde. Si l'environnement est celui d'une mère suffisamment bonne, l'enfant abordera la réalité externe en demeurant lui-même c'est à dire authentique, « vrai ». Il saura vivre avec créativité car il aura su conserver le contact avec son « vrai self ». Voilà le lecteur prévenu ! Qu'il parcoure ce livre au gré de sa curiosité et, surtout, de sa propre capacité à penser. Ce livre permet de penser et de classer, certes, mais par sa construction même, il permet aussi d'associer et de rêver.

Entre 1931 et 1970, D. Winnicott a écrit plus de 600 articles ! Certains furent écrits pour ses collègues psychanalystes, mais beaucoup le furent pour des conférences ou des présentations destinées à un large public. Trois grandes directions orientent la pensée de Winnicott : la relation mère-nourrisson, la créativité primaire, les phénomènes transitionnels. La notion de « self », d'être soi, se retrouve dans l'ensemble de ses concepts.

Cléopâtre Athanassiou fait précéder l'ouvrage d'un petit lexique explicatif portant sur la traduction de quelques termes bien connus du vocabulaire winnicottien. « Holding », « Handling », bien sûr, mais aussi « impingement » ou « agony ».

Sa traduction des « Healing dreams », des rêves faits pendant la cure par l'analyste, c'est à dire des rêves de contre-transfert, est remarquable. Les « healings dreams » « soignent » le contre-transfert de l'analyste. Ces rêves « apaisent » et aident l'analyste à sortir d'une crise contre-transférentielle, ils aident donc également la relation patient-analyste, écrit-elle. Sa traduction de « the analyst's healing dreams » par « l'apaisement des rêves contre transférentiels » a l'avantage de mettre l'accent sur le fait que c'est la cure (et donc le rapport avec le patient), qui a suscité le rêve chez l'analyste.

L'ouvrage se termine par une bibliographie exhaustive des ouvres de D. Winnicott publiées en anglais et en français. Environ 600 publications ont été réunies par Knud Hjulmand. La liste alphabétique et chronologique des publication en français ont été établies par Cléo Athanassiou-Popesco. Elle regroupe plus de 250 entrées !

Merci à Cléo et aux éditions Popesco pour un tel travail, désormais aussi indispensable pour les lecteurs de D. Winnicott que le fût, il y a 35 ans déjà, le Vocabulaire de la Psychanalyse de Laplanche et Pontalis.