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Sexualité infantile et attachement
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°69 - Page 12-16 Auteur(s) : Bernard Golse
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Sexualité infantile et attachement

Widlöcher Daniel, Laplanche Jean, Fonagy Peter, Colombo Eduardo, Scarfone Dominique, Fédida Pierre, André Jacques, Squires Claire

Les convergences ou les coïncidences éditoriales sont toujours riches d'enseignement. Ainsi en va-t-il aujourd'hui à propos de l'attachement, thème qui suscite toute une production « chro-nique » en termes de thèses, d'articles ou de travaux techniques divers - et ce depuis maintenant plusieurs décennies - mais qui, aujourd'hui, vient de susciter la parution de trois ouvrages de réflexion fondamentale qui démontrent, s'il en était besoin, que la théorie de J. Bowlby n'a pas encore fini, tant s'en faut, d'interroger nos modèles développementaux et psychopathologiques, et notamment nos repères métapsychologiques.

Il importe ainsi de citer le livre de R. Miljkovitch, L'attachement au cours de la vie, publié aux Puf, le livre de Peter Fonagy intitulé Attachment theory and Psychoanalysis, publié par les éditions « Other Press LLC » (New York 2001) et enfin l'ouvrage de D. Widlöcher et coll., Sexualité infantile et attachement, qui fait l'objet de cette analyse.

Cet ouvrage fait partie des petits bijoux conceptuels à côté desquels il ne faut, en aucun cas, passer tant ils sont stimulants pour la pensée et pour la liberté de la pensée. On sait en effet que la théorie de l'attachement joue depuis sa formulation comme une épine irritative (mais heuristique) pour les penseurs du développement précoce, c'est-à-dire pour les penseurs de l'instauration de la psyché, de la croissance et de la maturation psychiques de l'enfant. L'épine irritative a d'abord été à l'origine d'une polémique relativement violente : on reprochait alors à John Bowlby de rabattre la création des liens primitifs entre l'enfant et sa mère, sur le plan d'un simple besoin primaire en faisant fi du registre du désir et pire encore, en faisant l'économie de la représentation mentale, soit l'attachement comme réaction primaire basale non mentalisée. Par là, à J. Bowlby qui voulait surtout se désencombrer du concept de pulsion, on faisait sans doute dire ce qu'il ne disait pas et d'ailleurs, se considérant lui-même comme psychanalyste, il prétendait en fait ne pas vouloir s'en prendre à la théorie psychanalytique en tant que telle. En dépit de tout, J. Bowlby resta ainsi, jusqu'à sa mort, membre de la Société Britannique de Psychanalyse.

Dans le champ des dépressions du bébé, cette question de la représentation mentale apparut alors comme centrale puisque certains se référaient au schéma de R. Spitz quant à la genèse de l'objet, tandis que d'autres s'appuyaient alors sur le corpus plus récent de la théorie de l'attachement et l'on sait bien désormais que selon que l'on considère les dépressions du bébé en termes de frustration de désirs (dépression anaclitique ou hospitalisme) ou en termes de frustration de besoins (dépressions par « désattachement » soudain), les réponses thérapeutiques diffèrent évidemment de manière notable.

Dans un deuxième temps, la représentation mentale retrouvant progressivement une place au sein de la théorie de l'attachement, c'est la problématique de l'absence et de la présence de l'objet qui se trouva au premier plan des débats entre psychanalystes et « attachementistes ». Comment la représentation mentale reprit-elle du service dans la perspective de l'attachement ?

Il me semble qu'il faut pointer ici deux tournants conceptuels et méthodologiques : d'une part les travaux de Mary Main, K. Kaplan et J. Cassidy (A move to the level of representations, 1985) qui, via la question de la narrativité et des spécificités du discours, réamarrèrent la dynamique de l'attachement à la question de la représentance et de l'après-coup, et d'autre part ceux de Inge Bretherton (1990) sur les Working internal models (modèles internes opérants) qui ont en fait valeur de représentations mentales, alliant affectivité et cognition. C'est tout le champ de la narrativité qui prit ainsi son essor en reliant, chez l'enfant comme chez l'adolescent et chez l'adule, la qualité de l'énonciation biographique aux particularités et aux modalités des premiers schémas d'attachement, avec tout un arsenal de paradigmes d'évaluation adaptés aux différents âges de la vie (Histoires à compléter, Adult Attachment Interview.) mais toujours fondés sur un processus de représentation langagière rétrospective.

Dans ce deuxième temps du débat, comme je l'ai dit plus haut, c'est la dialectique entre présence et absence qui occupa le terrain avec, parfois, une radicalisation des positions opposant la psychanalyse comme pure métapsychologie de l'absence à la théorie de l'attachement comme simple approche des effets de l'objet, radicalisation qui put amener A. Green à parler de véritables « bour-souflures de la pensée » dans la mesure où l'absence et la présence de l'objet s'avèrent en réalité bien indissociables. Même en relativisant les choses, la théorie de l'attachement semblait alors devoir nous amener à des « révisions déchirantes » de la métapsychologie et notamment de la théorie de l'étayage, selon un auteur comme S. Lebovici.

En réalité, on peut penser ici, comme je le propose depuis un certain temps, que la théorie de l'attachement représente un candidat plausible entre la théorie des pulsions et la théorie des relations d'objet et il est émouvant de rappeler que le premier colloque conjoint qui s'est tenu en 1990 entre le Centre Anna Freud et la Tavistock Clinic (censé symboliser la fin des controverses entre kleiniens et « Anna Freudiens ») devait être présidé par J. Bowlby lui-même mais que celui-ci étant mort quelques semaines auparavant, il n'a pu se tenir que sous sa présidence symbolique et posthume, mais tout de même.

Le mérite de l'article de D. Widlöcher qui constitue la pierre angulaire de cet ouvrage et qui fournit la matière d'un débat à plusieurs voix, est de poser, ou plutôt de reposer, la question de l'attachement, non plus par rapport à la question de la représentation mentale ou par rapport à celle de l'absence/présence de l'objet, mais par rapport à la délicate question de la primauté ou non de l'amour de l'objet, ou mieux de l'amour d'objet. Autrement dit, c'est bien à nouveau la question du sexuel et de la sexualité infantile qui se trouve ici débattue mais, un demi-siècle s'étant écoulé depuis les premières empoignades psychiques à propos de la théorie de l'attachement en tant que résistance ou non à la psychanalyse, il est aujourd'hui passionnant de réinterroger différemment les termes de ce débat. Et c'est donc ce que fait D. Widlöcher dans son article qui ouvre ce recueil et qui s'intitule : « Amour primaire et sexualité infantile : un débat de toujours », article qui reprend à la lumière de tous les acquis du XXe siècle en ce domaine, la problématique de la primauté ou non de l'amour d'objet. En réalité, la thèse de D. Widlöcher est que si ce débat est de toujours, d'une certaine manière il n'a pas véritablement eu lieu ou pas véritablement pu avoir lieu.

En historien attentif des idées et du mouvement des connaissances, D. Widlöcher nous convie ainsi, pour commencer, à reparcourir les différentes étapes de la réflexion. Partant de la « Conférence des quatre nations » (Budapest, 1937) au cours de laquelle Michael Balint - à propos des divergences observées au sein de la théorie psychanalytique du développement libidinal - avait opposé les positions de l'école de Vienne et celles de l'école de Londres, D. Widlöcher nous rappelle que M. Balint cherchait alors à montrer que les travaux de l'école de Budapest permettaient en fait de « renvoyer dos à dos les deux premières ».

A Londres, « on met l'accent sur le dualisme amour-haine qui marquerait les premiers stades de la sexualité infantile » en insistant sur le caractère narcissique de la vie mentale du nouveau-né, à Vienne « on met en doute la validité de cette reconstruction portant sur les stades précoces du développement » qui donne lieu à une conception de la vie fantasmatique quelque peu coupée de la réalité. Et D. Widlöcher de commenter : « D'un côté, nous avons une théorie qui explique de manière plausible des faits d'observation indéniables mais qu'il est difficile de prouver, de l'autre une critique plausible de cette théorie mais sans explication satisfaisante des faits », malentendu qui tenait selon lui, à l'époque, à la non-remise en question de la théorie freudienne de l'étayage. L'école de Budapest se propose alors, à partir des recherches de Imre Hermann sur l'agrippement, de surmonter le malentendu en tablant sur « l'existence d'un amour objectal primaire » qui permette « d'abandonner le mythe de l'amibe ».

Après avoir remarqué que « la question laissée en suspens est [...] celle de la sexualité infantile », D. Widlöcher s'interroge sur les arguments que les psychanalystes de Londres ou de Budapest auraient pu opposer à ces critiques venues de Budapest tout en constatant que « les événements n'ont sans doute pas permis qu'un véritable débat s'instaure ». Mais s'agit-il seulement des événements historiques qui devaient suivre de peu cette conférence ? En 2002, il importe, à mon sens, de remarquer qu'en 1937 nous sommes dans l'en-deçà de la théorie de l'attachement proprement dite et que seule peut encore avoir lieu la discussion sur la précession ou non du narcissisme sur l'objectalité.

D'une certaine manière, la théorie de l'attachement en venant brutalement reposer la question de la sexualité infantile et de son étayage sur les besoins de l'autoconservation (pour les mettre en doute, plus ou moins explicitement) va alors, au sortir de la seconde guerre mondiale, venir jouer une fonction d'occultation du débat précédent. Dès lors, ma lecture de ce travail de D. Widlöcher y voit une tentative, fort importante, de venir fournir la pièce manquante, en quelque sorte, c'est-à-dire de venir combler la déhiscence du débat théorique, de réparer la solution de continuité qui s'était instaurée dans le mouvement des idées.

En effet, tout s'est un peu passé comme si après une longue période de discussion sur la nature d'abord autoérotique (Londres) ou allo-érotique (Vienne) des premiers investissements libidinaux, la théorie de l'attachement était venue soudainement marquer un effet de clôture en proposant une nouvelle conceptualisation des liens primitifs en tant que besoins primaires non sexuels et non pas en tant que relations étayées, mais ceci sans laisser le temps d'un déploiement discursif aux propositions de M. Balint (Budapest), propositions qui, elles, ouvraient nettement sur la question de la source et de la nature de la sexualité infantile, fût-ce sans y répondre de manière formelle.

Les événements historiques sont donc seulement venus servir les éternelles résistances vis-à-vis de cette question de la sexualité infantile en favorisant l'émergence de la théorie de l'attachement qui a alors empêché un débat qui venait à peine de s'ouvrir sur cette sexualité infantile, encore et toujours scandaleuse par essence : des résistances à la censure, on voit bien les effets d'occultation et de colmatage des brèches que l'entrave à ce débat a donc eus. Mais c'est à ce point précis que D. Widlöcher reprend le travail aujourd'hui et j'espère que cette longue présentation préliminaire de ma part facilitera au lecteur le dégagement des enjeux de fond sur lesquels ouvre ce texte dense et relativement complexe.

En reprenant le débat ouvert par M. Balint sous l'angle de la primauté de l'amour objectal, D. Widlöcher fait indéniablement preuve de courage conceptuel puisqu'il nous invite bel et bien à repenser la théorie de l'attachement (désormais quelque peu lavée de ses accusations d'a-représentance et de clivage entre l'absence et la présence de l'objet au profit exclusif de la présence) à la lumière de la sexualité infantile, mais en osant aujourd'hui s'interroger ouvertement sur les fondements de celle-ci : « Ce que la psychanalyse doit expliquer, c'est l'origine des fantasmes sexuels infantiles et non le développement affectif de l'enfant ».

Il est impossible de résumer ici les multiples aspects d'un texte aussi riche. Qu'il suffise de citer pour l'instant les titres des différentes sous-parties de ce travail pour entrevoir les questions centrales qui s'y trouvent posées :

- La sexualité infantile n'est pas une sexualité prématurée ;

- La pulsion sexuelle n'est pas un instinct ;

- Le statut économique propre de la sexualité infantile ;

- Sexualité infantile et amour primaire ;

- Signification de l'organisation phallique-narcissique. L'issue odipienne ;

- Sexualité infantile et processus analytique ;

- L'auto-érotisme dans la cure ;

- Auto-érotisme et transfert ;

- Auto-érotisme et attachement ;

- Clivage et sexualité infantile ;

Questions de fond, donc, et sur l'arrière-plan bien sûr de la question de l'attachement, ce qui revient à dire, me semble-t-il, que la théorie de l'attachement n'est pas une hérésie en soi du point de vue métapsychologique mais qu'après avoir servi à esquiver un débat crucial sur l'essence de la sexualité infantile, elle nous offre aujourd'hui l'occasion de relancer ce débat à condition d'accepter de ne pas désexualiser l'attachement et de l'appréhender à la lumière de nos repères métapsychologiques actuels. Il ne s'agit en rien pour D. Widlöcher de permettre à la psychanalyse de récupérer la théorie de l'attachement, mais seulement de débarrasser celle-ci de sa fonction de masque et de cache qu'elle a pu transitoirement revêtir à l'égard de la sexualité infantile.

Dès lors, quel concept, mieux que celui d'amour primaire, pouvait-il nous permettre une telle tâche, celui-là même qui, par définition, tient compte de la nature sexuelle de l'attraction vers l'objet ? Une fois les lignes de force de ce travail ainsi dégagées, j'aimerais revenir brièvement sur quelques aspects particulièrement féconds de son contenu. à propos de l'histoire de ce débat occulté, le lecteur trouvera dans ce texte une analyse historique remarquablement efficace de ce processus d'occultation.

D. Widlöcher nous rappelle tout d'abord que chez S. Freud lui-même, « on note une opinion fluctuante sur le rôle de l'objet dans la pulsion » et que dans le courant de son ouvre, « la sexualité infantile va perdre quelque peu d'importance à ses yeux au profit du dualisme éros-Thanatos ». Mais il nous montre ensuite comment c'est après Freud que « des écarts théoriques majeurs entre les écoles se construiront autour de thèmes qui « gommeront » le débat ». C'est toute la problématique de l'existence de l'objet pour l'enfant, décrit comme plus ou moins indifférencié, qui est alors suivie au plus près par D. Widlöcher au fil des travaux d'Anna Freud, d'H. Hartmann, E. Kris et R. Loewenstein lesquels, selon D. Widlöcher croient que M. Balint s'en tient à une théorie psychologique des capacités perceptives du nouveau-né en méconnaissant qu'il s'agit en fait d'une théorie de la pulsion.

Le parcours historique se poursuit naturellement par l'évocation de M. Klein dont les recherches indiquent que « s'il existe une activité fantasmatique primaire, celle-ci pose immédiatement l'existence de l'objet comme prédicat du désir », par celle d'Hanna Segal («Les pulsions sont, par définition, des quêteuses d'objet »), par celle de R. Fairbairn qui donne lieu à quelques pages fort détaillées sur l'élaboration par cet auteur du concept de relation d'objet et sur la distinction entre tendances appétitives et tendances réactives qui ouvre sur la distinction entre la recherche de la satisfaction («pleasure seeking ») et la recherche de l'objet («object seeking »), avec toute la question du « Lust » freudien qui signifie à la fois plaisir et désir et toute la question aussi de l'opposition entre source et objet de la pulsion. Tout ce trajet nous amène évidemment jusqu'à J. Bowlby lui-même qui relance le débat selon les termes que nous avons vus.

Finalement, « d'un côté, avec Freud, la pulsion sexuelle est considérée comme primaire tirant son origine de l'excitation des zones érogènes », (... ) «de l'autre, après Balint, Fairbairn et Bowlby, l'amour de l'objet peut être considéré comme primaire », mais, selon D. Widlöcher, le risque est toujours « de réduire la sexualité à un simple schème comportemental », et c'est le statut de l'auto-érotisme qui demande alors à être approfondi, conséquence du narcissisme primaire de la libido chez Freud, conséquence de l'intériorisation secondaire de l'objet réel d'attachement, ou d'amour primaire, chez Balint.

Cette recension historique de la question du statut de l'objet pour le nouveau-né humain éclaire de manière très utile notre vision actuelle de la théorie de l'attachement et de ses diverses racines conceptuelles. Quant à la nature profonde de la sexualité infantile, ce travail donne l'occasion à D. Widlöcher de marquer une nouvelle fois avec vigueur un certain nombre de positions qu'on lui connaissait déjà. Parmi celles-ci, je citerai seulement :

- « La sexualité infantile ne persiste pas chez l'adulte tel un résidu mal assimilé mais comme une source de désirs et d'activités créatrices permanentes ».

- « La sexualité infantile n'est pas la première étape de l'instinct sexuel ».

- « La source corporelle de la pulsion ne se retrouve pas pour toutes les expressions de la sexualité infantile, pas plus que la notion d'étayage sur les fonctions biologiques de survie ».

- « Tenons donc pour acquis que la sexualité infantile n'est pas de même nature que la sexualité génitale ».

- « La sexualité infantile ne peut être réduite à l'amour primaire, même si elle ne peut en être radicalement isolée ».

- « Le fantasme n'est pas le produit de la sexualité infantile, il la construit ».

- « Il est généralement établi que la sexualité infantile est l'objet d'un refou-lement. Est-ce si vrai ? C'est surtout à un clivage entre l'attachement et l'auto-érotisme que l'on assiste ».

Tout ceci conduit D. Widlöcher à discuter les propositions de J. Laplanche selon lesquelles, on le sait, le sexuel est injecté chez l'enfant à partir de l'extérieur via les processus décrits dans le cadre de la théorie de la séduction généralisée. D. Widlöcher s'en démarque quelque peu en disant : « l'hypothèse que je propose est que, sans nier l'influence du mécanisme de la séduction généralisée proposée par Laplanche, il existe une tendance propre à l'auto-érotisme ». Comme on le voit, il y a là dans tout ce cheminement, ni plus ni moins, une véritable remise en chantier du concept de sexualité infantile, mais en un chantier qui tienne compte et de la biologie et de l'après-coup, et dès lors qu'on ne fait pas de confusion entre le sexuel infantile et la sexualité génitale, rien n'interdit alors de penser la dialectique entre la source pulsionnelle et l'objet en termes d'attachement voire en termes d'amour primaire.

Merci à D. Widlöcher de nous montrer le chemin d'une réflexion débarrassée de tout a priori dogmatique et qui mette vraiment en tension les différents courants conceptuels qui, dans ce champ de la relation d'objet précoce, auront profondément marqué la pensée théorico-clinique de la deuxième moitié du vingtième siècle. Ayant déjà été relativement long, qu'on me permette maintenant de ne pas détailler d'autres réflexions abordées par D. Widlöcher dans le cadre de ce travail décidément fort riche.

Pour les mêmes raisons, je n'analyserai pas ici les autres contributions de cet ouvrage, contributions pourtant impor-tantes et qui apparaissent comme des réponses au texte de D. Widlöcher, même si la structure de cet ouvrage collectif ne répond pas à celle qui avait présidé à la rédaction du « Colloque épistolaire » sur l'attachement, sous la direction de R. Zazzo en 1974. On lira cependant avec un grand intérêt les textes de J. Laplanche, de P. Fonagy et de P. Fédida notamment, qui chacun à leur manière, et dans des champs différents, acceptent de reprendre le débat remis en lumière par D. Widlöcher après une si longue latence.

J. Laplanche discute les liens possibles entre sexualité et attachement dans la métapsychologie et l'on sait son concept « d'objet-source de la pulsion » qui dialectise les relations de la source et de l'objet pulsionnel via le détour par l'autre qui im-plante chez l'enfant les fameux « signifiants énigmatiques » mais, pour lui, les processus d'attachement se situent sans conteste du côté de l'auto-conservation. P. Fonagy s'attaque directement à la question de l'origine de la sexualité infantile et si lui aussi plaide pour l'intérêt de la distinction entre l'amour de l'objet et la poursuite du plaisir sexuel en situant ainsi l'atta-chement du côté du premier, il ajoute cependant que « l'expérience du monde objectal externe est réinterprétée dans le langage du plaisir pulsionnel ».

Quant à P. Fédida, il explore les relations entre la sexualité infantile et l'auto-érotisme du transfert. Prenant en compte « l'autre de l'auto-érotisme », la sexualité infantile et l'auto-érotisme du transfert enfin, il conclut à l'existence d'« opérations d'abstraction qui visent à reconstituer le mythe de l'anobjectal primitif et le rôle de l'objet externe dans le développement de la relation », en soulignant ainsi la place incontournable de nos reconstructions. à tout ceci s'ajoutent quatre autres contributions de E. Colombo («Sexualité et érotisme. De la sexualité au phantasme »), de D. Scarfone («Sexuel et actuel »), de J. André («La séparation ») et de C. Squires («Attachement et sexualité infantile ») qui viennent encore compléter cet ouvrage magnifique en proposant au lecteur d'autres vertex à sa réflexion. L'article de C. Squires a, en outre, le mérite de mettre en perspective les développements les plus récents de la théorie de l'attachement, y compris dans leurs aspects les plus coupés de la sexualité infantile.

Pour conclure, j'espère avoir fait passer l'enthousiasme qui a été le mien à la lecture de cet écrit où les voix de psychanalystes prestigieux, se mêlent pour reprendre le débat entre attachement et métapsychologie là où des effets de clivage défensif l'avaient interrompu, en amenant les uns et les autres à se camper sur leurs positions respectives. à égale distance de l'amalgame et du clivage, cet ensemble de textes nous redonne le goût de la liberté de pensée dans un champ jusque là miné et soumis à l'anathème. Encore merci pour cet ouvrage qui, en matière d'attachement, fera certainement date dans l'histoire des idées.