La Revue

Transmissions. VIIIe Carrefour Toulousain, 4-6 octobre 2002
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°82 - Page 33 Auteur(s) : Jacques Pourrinet
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Transmissions. VIIIème Carrefour Toulousain Toulouse,

4-5-6 octobre 2002.

Transmissions : tel était le thème du VIIIème Carrefour Toulousain qui s'est déroulé dans le cadre prestigieux de l'Hôtel Dieu Saint-Jacques de Toulouse. Ouvrant les Journées, Joyce Aïn, Psychanalyste et Présidente de l'Association, devait souligner l'importance et l'actualité du thème et sa continuité avec les Carrefours précédents. Marie-Rose Moro, ethnopsychiatre et psychanalyste, a tout d'abord développé, à travers l'exemple émouvant d'une petite fille née en terre étrangère, l'impact de "l'Arbre de Vie" dans le développement psychique. Pour elle, transmission signifie trajet, mandat transgénérationnel au sens de Serge Lebovici. Pour elle qui travaille dans l'affiliation culturelle multiple, il ne s'agit pas de tuer "les fantômes de la chambre d'enfants" (Fraiberg) mais de les penser. Il est important de faire honneur aux ancêtres pour tenir psychiquement debout.

Serge Tisseron, lors de son intervention intitulée La Transmission à l'épreuve des Secrets et des Images exprime avec une grande clarté que la transmission s'appuie sur un travail d'introjection, que la mémoire est enchassée dans le sensoriel, la métaphore, le verbal. Pour lui, la transmission ne peut fonctionner qu'avec la référence à la mémoire familiale, ensuite seulement la mémoire sociale peut fonctionner. Se référant à Maria Torok, il souligne que les secrets maintenus par les parents ont pour résultats chez l'enfant : le doute sur la capacité à comprendre, les hypothèses de choses abominables faites par les parents, la perte de confiance en ses capacités, et quelquefois la recherche du secret caché par les parents. Pour Tisseron, la transmission est un travail de co-transformation.

Serge Vallon avec Ce Bagage vous a-t-il été transmis par quelqu'un d'autre nous a montré avec humour et délicatesse, dans ses références à Freud et l'articulation avec la clinique, le poids, au plein sens du terme, de la transmission posant l'hypothèse de la rémanence d'une histoire infantile dans la persistance des poussées pulsionnelles. Jeanne Pourrinet a ensuite développé à travers le cas clinique très émouvant d'une fillette adoptée les problèmes psychiques liés à la Construction de l'identité d'une Adolescente.

Didier Houzel, a fait un exposé magistral sur L'empathie, l'identifiation projective, l'intersubjectivité primaire et la communication primaire. Citant Fonagy à propos de l'articulation entre transmission biologique et transmission psychique, voyageant dans la Phénoménologie de Husserl, il nous rappelle que Freud s'est servi de l'empathie pour exprimer la capacité de connaissance intime de la subjectivité de l'autre. Il souligne qu'il est nécessaire de distinguer l'empathie de la perception comme de la sympathie qui empêche la pulsion de mort et la destructivité. L'identification projective ne peut aller sans Mélanie Klein et Bion. C'est en compagnie de la conceptualisation de Bion que D. Houzel nous mène à l'intersubjectivité et la communication primaires.

Boris Cyrulnik a fait une intervention brillante avec La Guerre des fantômes qui "agissent et nous font faire des guerres, nous gouvernant donc à notre insu" à travers différentes manières de se manifester de générations en générations : expliquant avec sa simplicité habituelle comment "On peut trop parler d'un traumatisme, en faire un secret, ou, encore, comment on peut côtoyer quelqu'un qui a été traumatisé et tisser avec lui, un lien de résilience". Maryse Vaillant s'est ensuite livrée avec franchise et émotion au commentaire de son récent ouvrage autobiographique Pardonner pour se libérer. Sylvain Missonnier a illustré La Rencontre des Résonances avec le développement d'un cas stupéfiant d'identification aux fameux Dancing Babies. Il fallait toute la présence bienveillante de l'orateur pour soutenir ce douloureux passage du virtuel à l'humain. Anne Ancelin-Schutzenberger nous a fait vivre Les Secrets de Famille en tentant de montrer "sur le vif" avec une personne de la salle, l'importance des dates anniversaires d'événements vécus par les ascendants sur la vie de chacun d'entre nous. Didier Houzel devait conclure ces riches Journées sur l'écart nécessaire au respect de l'autre pour l'accès au développement psychique et l'inscription dans une transmission.