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L'homme aux phoques
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°96 - Page 18 Auteur(s) : Pierre Delion
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Livre concerné
L'homme aux phoques
Extraits de la psychanalyse d'un patient souffrant de névrose baltique

Lorsque Freud écrivit son essai psychopathologique sur le mot d'esprit dans ses rapports avec l'inconscient, il ne se doutait sans doute pas que quelques décennies plus tard, un de ses héritiers, psychanalyste et psychiatre, étendrait aussi loin le champ de ce qu'il y définit : nous sommes là tout bonnement dans un humour dont le degré n'est pas définissable tant le feuilletage du récit recèle de niveaux auxquels on peut livrer l'analyse. Bref, vous l'aurez compris, si vous avez envie de passer un bon moment sur le plan de la détente intellectuelle et affective -de la franche rigolade à vous faire pleurer de rire jusqu'à l'humour le plus pointilliste à vous faire sourire intérieurement sans que personne ne voit rien sauf ceux qui connaissent vraiment les qualités nuancées de votre regard-avant même la fin de ma recension, vous devez déjà avoir commandé l'ouvrage par internet dont je vous ai joint l'adresse : http://perso.wanadoo.fr/azoipress/start.htm

Mais, et là le fait est suffisamment rare pour être signalé, non seulement vous aurez le plaisir de la détente, mais aussi celui de pouvoir réviser "sans peine" les ouvres complètes de notre père à tous, je veux dire Freud bien sûr. En effet, lorsque vous appreniez le latin et le grec lors de vos humanités, il était de bon ton de consacrer l'essentiel de son intelligence traductrice à la "version" pour ne laisser au "thème" qu'une place peu enviable, "fort en thème, bête en tout", disait-on, mais il était entendu par les amateurs de langues mortes que c'était l'exercice des deux qui permettait d'accéder aux secrets de Sophocle et de Ciceron. Ici, vous allez assister à la "version/thème", je veux dire la "déconstruction/reconstruction" d'une monographie freudienne grandeur nature-et-culture, celle de l'homme aux phoques. De quoi s'agit-il enfin, me direz vous ? Eh bien voilà, il se trouve qu' "on" a retrouvé un des écrits d'un certain Zigmunt Freudski (dont on sent d'ailleurs très vite que la source est vraisemblablement loin d'être épuisée, portant sur une monographie, celle de l'homme aux phoques, dont l'histoire nous est contée à la manière d'une autre célèbre monographie, dite botanique (ta mère, bien évidemment dans la problématique oedipienne hard). Nous assistons en direct à une psychanalyse qui conduit cet homme avide, et c'est très peu dire, vous le constaterez, de harengs qui se ramassent à la pelle, vers une introspection digne des meilleurs scénarios freudiens. Les allusions sont permanentes et multidimensionnelles à toutes les autres histoires freudiennes, et, ce n'est pas un des moindres mérites, vous allez réviser et revisiter l'ensemble de la bibliographie du fondateur.

Mais cela vous permettra aussi de voir comment de nouveaux concepts peuvent être forgés, certains utiles, d'autres totalement surréalistes, et Dieu sait que j'adore ce courant bretono-dalien, contribuant à une ambiance de lecture roborative et puissamment réveillante. De filets de harengs en filets de salive, vous allez suivre la biographie de cet homme aux talents nombreux, je parle de l'homme aux phoques, mais aussi de celui qui nous raconte sa vie, qui va progressivement sortir du mauvais saur qu'on lui a jeté, pour revenir avec nous dans la culture, non sans malaises divers et avariés, dont certains frappent par leur crudité et leur odeur. Toujours est-il que c'est pantelant que vous finissez par retrouver votre livre le deuxième soir sur votre table de nuit (je vous donne deux nuits maximum pour le lire), dans l'attente (du chef) de savoir comment cet aimable névrosé occidental poids moyen va résoudre son transfert ; d'autant que la fin de l'analyse ne se terminera pas (on en parle comme si c'était terminable) comme prévu et pour (psy)cause.

Tout ça pour vous avouer que depuis que je traîne dans ces parages de la psy, moi qui suis "fou de" l'effet "yau de poêle", c'est simple, plus je fais de jeux de mots et moins je rêve!, et qui en ai entendu des vertes et des pas drôles du tout dans ce créneau, y compris chez les spécialistes pas tentés (du chef), ça faisait bien longtemps que je ne m'étais pas autant marré. Or, comme vous le savez, si le rire est le propre de l'homme (Bergson, Freud même combat sur ce plan là), on se demande parfois où est passée notre humanitude vu le poids de ce qui nous empêche de rigoler dans ce métier de psychiste en ce moment, même si on a élu domicile psychique dans les contrées de Rabelais ; on a même fait du rire une nouvelle forme de thérapie, la "gélothérapie". Alors là, je ne sais pas si l'auteur sera d'accord, mais je propose que la sécurité sociale rembourse l'achat d'un exemplaire du livre qui pourrait être "prescrit" à toute personne travaillant aujourd'hui en psy et tendant à s'orienter vers une déprime ou un burn out.

Après une partie très détaillée consacrée à la psychobiographie de l'homme aux phoques, notre auteur va étudier en profondeur quelques unes des séances clés de la cure. Tout au long de ses investigations, il mettra en évidence quelques lois nouvelles de notre fonctionnement inconscient dont je cite quelques exemples révélateurs "tout conflit plongé dans l'inconscient reçoit de bas en haut, c'est-à-dire de l'inconscient vers le conscient, une poussée dont la force est égale à la masse du volume de libido déplacée dans l'inconscient". Ou bien : "dans l'inconscient rien ne se perd, tout se transforme", ou encore : "là où le hareng s'effaçait l'érection apparaissait ; et là où était le hareng, le moi-érection devait advenir". C'est également au cours de ses recherches à propos de son patient que l'auteur nous livre quelques-unes de ses découvertes inattendues, et notamment sur le Moïse de Michel Ange, qui viennent intelligemment compléter les avancées faites par Freud, tout en montrant qu'on peut aller plus loin que le maître. Quel maître authentique n'aurait pas rêvé d'être dépassé par ses élèves, même longtemps après ?

Je ne veux pas vendre la peau du phoque avant que vous l'ayez chassé vous-même, et j'aurais peur de diminuer le plaisir que vous allez prendre à sa lecture, si je continuais à évoquer les moments forts de ce récit heureusement échappé des mains de quelque nazillon antifreudien de 1938 et heureusement récupéré par le grand père de notre auteur. Alors je n'ai qu'une consigne à vous suggérer, à votre ordinateur, prêt ? Partez.Et vous m'en direz des nouvelles !!!