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Hommage à Gérard Szwec par Pascale Blayau, Aleth Prudent-Bayle, Anne Maupas, Marie Sirjacq
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°243 - Page 51-52 Auteur(s) : Pascale Blayau, Aleth Prudent, Anne Maupas, Marie Sirjacq
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Gérard Szwec, chercheur      
   
Gérard Szwec, psychanalyste freudien, membre de la SPP, a été nommé dans les années 1990 à la direction de l’Unité pour enfants de l’Institut de Psychosomatique-Pierre Marty à la Poterne des Peupliers, à la suite de Léon Kreisler qui l’avait créée en 1978. Il y partageait les consultations d’enfants avec Rosine Debray et Diran Donabédian.

L’IPSO enfants reçoit des bébés, enfants et adolescents souffrant de désordres somatiques de tous ordres, fonctionnels, maladies graves, maladies auto-immunes, adressés par tous les services hospitaliers, de Paris et d’ailleurs. En tant que médecin, G. Szwec gérait les contacts avec les pédiatres, les spécialistes dermatologues, gastro-entérologues, les services hospitaliers et les services sociaux le cas échéant.

Le caractère très précoce et grave des troubles somatiques du nourrisson, insomnie, anorexie, asthme, eczéma, donnait matière à réfléchir aux conditions permettant la constitution de la vie psychique et à ses achoppements. G. Szwec a suivi un grand nombre de patients, de quelques jours à l’âge adulte. Son travail auprès des enfants était enrichi de sa pratique de psychanalyste d’adultes et réciproquement. En effet, la clinique des enfants rejoint celle des adultes mal mentalisés chez qui la dimension traumatique est repérable.

Lors des consultations d’investigation psycho-somatique avec l’enfant et ses parents, il savait les accueillir avec bienveillance et simplicité, en prenant soin d’accorder une place à chacun. Dans un premier temps de la consultation, il respectait le principe de l’association libre afin d’observer les interactions entre tous les protagonistes. Avec délicatesse et plaisir, il entrait en relation avec l’enfant, centrant son intérêt sur sa façon de communiquer, il savait le mettre à l’aise et l’amenait à déployer son jeu pour l’aider à relancer l’expression fantasmatique. Dans un deuxième temps, il s’intéressait de plus près à l’histoire médicale de la petite enfance, aux circonstances de vie, aux problèmes de sommeil ou d’alimentation. Il posait la question « c’était un bébé comment ? » formule qui ouvrait sur le champ d’investissement de l’enfant par ses parents. Il se penchait sur l’histoire familiale des parents, sur les événement récents de séparation ou de perte, il était attentif à l’expression de l’infantile chez les parents, et les incitait à participer au jeu de leur enfant. Il avait toujours en tête que la maladie de l’enfant pouvait représenter par elle-même un état traumatique.
Avec les enfants plus grands et les adolescents,
il cherchait à organiser avec eux des récits, des mises en scène et utilisait son expérience du psychodrame.

Gérard Szwec était particulièrement attaché à repérer chez un enfant les difficultés à se reposer, à s’endormir, à régresser, à rêvasser. Il a nommé « bébé non câlin » un enfant qui ne parvient pas à accéder à la passivité et qui tente de se passer des bras de sa mère en développant prématurément un système auto-suffisant, visant à tenir éloignée sa mère vécue comme trop excitante et non porteuse de réconfort. Ces enfants hyperactifs ont tendance à détruire l’activité de représentation. Il en est de même des enfants anorexiques refusant d’être nourris ou les enfants insomniaques refusant d’être endormis, qui ne peuvent se représenter une scène dans laquelle ils seraient soumis passivement à une mère active.

Il n’est pas rare de constater, chez ces enfants, un hyper-investissement intellectuel témoin d’une prématurité du moi qui s’oppose à la régression et conduit à une distorsion du moi. Gérard Szwec a aussi attiré l’attention sur les « enfants sages » dont le fonctionnement relève plus de la répression que du refoulement, et qui deviendront des adultes hyper-conformistes présentant un risque accru de désordre somatique.

G. Szwec ne se situait pas dans une recherche nosographique. Ce qui lui importait avant tout était de repérer un fonctionnement mental. Les organisateurs de la vie psychique, en particulier celui de l’apparition de l’angoisse devant l’étranger décrit par Spitz, l'apparition de prémisses de défenses phobiques, la bonne mise en place du système hallucinatoire de l’enfant, et de ses auto-érotismes, étaient soulignés comme un potentiel d'évolution vers la mentalisation. Toutes ses observations, ont débouché sur des travaux sur l’allergie réunis dans son premier livre La psychosomatique de l’enfant asthmatique publié en 1993, puis dans son deuxième ouvrage Les galériens volontaires paru en 1998, où il a approfondi l’idée de l’utilisation prévalente de la motricité et de l’accrochage à la perception comme un système anti-pensée, qui se définit sous le terme de « procédé auto-calmant ».

Dans les années 90, il a constitué un groupe de supervision qui s’est transformé en groupe de travail clinique, au fur et à mesure de l’arrivée de nouveaux collègues venus se former à l’IPSO. Gérard favorisait la pensée associative et s’en servait comme base
de discussion. Très attentif aux mouvements transférentiels, il nous incitait à aller dans le détail, à décrire plus avant les mouvements de la séance que nous rapportions et cherchait ainsi à repérer les indices de mentalisation et/ou ses difficultés de constitution. Chaque situation éveillait son intérêt, son besoin de chercher, de comprendre et de soulager la souffrance trop à vif des patients somatisants. Il était garant de la continuité du traitement quand celui-ci était menacé d’interruption par les parents. Les discussions portant sur l’installation du cadre de thérapies dites conjointes parents-enfant et de ses spécificités étaient vivantes et riches. Ce dispositif thérapeutique, dans lequel l’analyste manie plusieurs transferts en même temps et oblige parent et enfant de par la dynamique investissement et désinvestissement à attendre, à différer la satisfaction, pousse le thérapeute à interroger et à élaborer son contre-transfert.

Gérard Szwec veillait à ce que le thérapeute reste psychanalyste et ne dérive pas vers une fonction réparatrice d’une relation qui aurait été défaillante. Précis et clairvoyant, il soutenait l’investissement de l’enfant et de sa famille, même quand les situations étaient difficiles. Il laissait s’exprimer les manifestations de contre-transfert négatif, ce qui donnait la possibilité de décharger l’agressivité dont nous pouvions être habités. L’humour et les rires venaient soulager les tensions suscitées par la clinique exposée.

Il aimait débattre et discuter de métapsychologie à propos de toutes situations cliniques. Ainsi tous ceux qui sont passés par l’IPSO, se souviennent des joutes verbales entre Claude Smadja et lui, qui donnaient à leur séminaire du mercredi, qui a eu lieu pendant des années, une teneur particulièrement animée.

A la Société Psychanalytique de Paris où son séminaire "Psychanalyse et psychosomatique" était très suivi et apprécié, aussi bien qu'à l’étranger où il a beaucoup enseigné, Gérard Szwec a transmis avec ardeur ses conceptions psychosomatiques, et l'originalité de sa pensée restera vivante chez de nombreux collègues.

Au bout du rouleau 1, est le titre savamment et longtemps pensé, de son dernier livre paru peu de temps avant sa disparition. Il montre, dans le même temps, ses qualités de clinicien attaché à travailler avec des patients en situation de souffrance extrême, et une capacité, hors du commun, de distance et d’humour vis-à-vis de lui-même. L’investissement tendre qu’il avait de ses patients se reconnaît dans ses récits cliniques, souvent très émouvants dans leur retenue et leur humilité.

Avoir travaillé avec Gérard, avoir pu l’observer dans sa pratique, avoir participé à ses supervisions, à ses séminaires, ou au groupe de travail du vendredi, a été une chance, un privilège et une joie. Son écoute rigoureuse, attentive, au plus près de ses patients et de ses supervisés, sa générosité, sa créativité nourrie à la fois de conviction et de doutes, sa pensée toujours en éveil, marqueront définitivement notre pratique.

Pascale Blayau, Aleth Prudent-Bayle, Anne Maupas, Marie Sirjacq
psychanalystes SPP

Note :
1. cf. recension de J. Angelergues parue dans le Carnet Psy n°242/avril 2021, p 11-13 : http://www.carnetpsy.com/article.php?id=3324