La Revue

Hommage à Gérard Szwec par Marilia Aisenstein
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°243 - Page 50-51 Auteur(s) : Marilia Aisenstein
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Notre collègue, notre ami Gérard Szwec nous a quittés dans la nuit de 13 au 14 Mars 2021, au point du jour.
Psychiatre, pédopsychiatre, fin lettré, psychanalyste passionné et passionnant, Gérard Szwec était arrivé à l’Institut de Psychosomatique de Paris, IPSO, en 1982. Il avait auparavant dirigé divers CMPP dont les équipes se souviennent encore de lui.

Je l’ai moi-même rencontré à l’IPSO en 1982 où il était entré, tout d’abord avec la casquette de pédopsychiatre et d’analyste d’enfants pour rejoindre l’équipe qui s’était spontanément constituée autour de Léon Kreisler.
Pour moi Gérard a été une belle rencontre. Il s’agit donc d’une amitié, professionnelle mais aussi personnelle, qui a duré près de quarante ans sans jamais se démentir.

En dehors des partages cliniques et théoriques, qui pouvaient parfois s’apparenter à des « joutes », car nous n’étions pas toujours d’accord, loin de là. Nos controverses pouvaient être passionnées et même parfois violentes, mais nous avions tous deux l’amour de la vérité et un profond respect du patient, qu’il ait 5 ans ou 75 ans.

J’ai souvent été émerveillée de voir Gérard Szwec prendre un nourrisson insomniaque des bras de sa mère. L’enfant s’apaisait et somnolait dès que Gérard le tenait. J’avais l’impression d’assister à un miracle…

En dehors de ses capacités, ou dons, d’analyste d’enfants, Gérard Szwec était aussi un psychanalyste d’adulte et un brillant théoricien. Il aimait la métapsychologie et se délectait de nos controverses théoriques. Je le revois encore, l’œil brillant et acéré, prêt à la contradiction. Ces discussions nous manqueront toujours, à nous autres mais manqueront certes, encore plus, aux collègues plus jeunes de l’IPSO pour qui Gérard Szwec a été un maître, un bon mentor et un remarquable superviseur et enseignant. Gérard Szwec nous laisse quelques livres remarquables : La psychosomatique de l'enfant asthmatique, Les Galériens Volontaires, Au Bout du Rouleau et bien d’autres. Ce sont de grands livres, des livres qui prennent le lecteur « aux tripes », je veux dire des livres dont nous ne sortons pas indemnes.

Je citerai aussi « Les Travaux Forcés de la Répétition auto-calmante », ainsi que de très nombreux articles dans la Revue Française de Psychanalyse (RFP) et la Revue de psychosomatique qu’il avait cofondée et dont il a été près de 15 ans directeur.
J’ajouterai aussi quelques souvenirs plus personnels de vacances partagées à la montagne où Gérard s’était avéré un bon skieur et en Grèce où, avant le CPLF de 2010, nous avions passé quelques jours.

Gérard était un collègue, un ami, un compagnon dont la disparition endeuille très profondément tout l’IPSO, enfant et adulte et plus largement la SPP.

Lorsque je lui avais demandé s’il était fier d’avoir obtenu, le prix Bouvet, avec Claude Smadja, il m’a spontanément répondu : « fier non, content peut-être, mais par contre je suis fier d’avoir péché avec mon fils, un jour, une truite saumonée énorme ».
Gérard Szwec était un « Mensch ».

Marilia Aisenstein
Psychanalyste SPP