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Hommage à Annie Anzieu (1924-2019) : Une évocation d'Annie Anzieu
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°231 - Page 43 Auteur(s) : Bernard Golse
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Je connaissais Annie Anzieu par ses travaux sur la psychanalyse de l’enfant et son engagement vigoureux dans ce champ, et c’est en partie pourquoi je lui avais demandé si elle accepterait d’assurer la poursuite de la supervision de ma deuxième cure d’adulte dans le cadre de ma formation à l’Association Psychanalytique de France, lorsque cette deuxième supervision s’était vue, hélas, interrompue par la mort de Pierre Fédida. Passer d’un superviseur homme psychanalyste d’adultes à une superviseuse femme psychanalystes d’adultes et d’enfants, me paraissait en effet intéressant dans l’absolu mais aussi par rapport à la problématique particulière de ma patiente.

J’ai continué à aller la voir longtemps au-delà de cette supervision car j’aimais beaucoup me retrouver chez elle pour parler de tout et de rien, de tout surtout et de la psychanalyse bien entendu. L’une des choses qu’Annie Anzieu m’a apprise et sur laquelle elle attirait souvent mon attention, est l’intérêt qu’il y a - à certains moments des traitements - de savoir manifester au patient notre présence d’analyste et de la faire sentir en intervenant « à la première personne » disait-elle, c’est-à-dire finalement en deçà des mots et en tant que personne de chair et d’os. Il y a deux domaines où, me semble-t-il, Annie Anzieu aura beaucoup apporté dans le champ de la psychanalyse de l’enfant, c’est celui des psychothérapies d’enfants et celui des supervisions. Annie Anzieu a écrit en 2003 un livre   passionnant sur Le travail du psychothérapeute d’enfant dont j’avais rédigé une note de lecture dans les pages de cette même revue. Dans cette note de lecture que je relis aujourd’hui, je soulignais la simplicité et la profondeur du style de l’écriture d’Annie Anzieu, mais celles-ci caractérisaient aussi le style même de sa personne et de sa pratique analytique fondamentalement vivante, humaine et engagée.

Dans cet ouvrage, elle insistait également sur le fait que chaque analyste d’enfant a à se trouver lui-même et à se forger son propre style en tenant compte de ce qu’il est, bien entendu, mais en empruntant aussi à divers corpus théoriques sans pour autant s’aliéner à aucun d’entre eux. C’est là une donnée que j’essaye aujourd’hui de transmettre dans ma propre activité de formation, et le souvenir d’Annie Anzieu joue pour moi sur ce point comme une représentation encore très émouvante.

En ce qui concerne les supervisions, Alain Braconnier et moi lui avions proposé d’écrire un livre pour la section « enfant » de la collection du « Fil rouge » que je dirigeais aux Presses Universitaires de France depuis longtemps déjà avec Philippe Jeammet et Gilbert Diatkine et dont je continue à assumer la responsabilité. Elle avait en effet une expérience importante et une vision particulière de ce domaine particulier de la formation. Annie Anzieu avait à la fois envie de se lancer dans cette rédaction et peur d’être déjà trop âgée pour y parvenir. Je lui avais dit que nous procéderions par interviews et qu’Alain Braconnier et moi nous chargerions entièrement de la rédaction. Son mélange d’envie et de crainte se maintenait et finalement ce travail n’a pas vu le jour, ce que je regrette infiniment.

J’ai participé il y a quelques mois à un congrès à Bruxelles consacré à la tendresse d’un point de vue psychanalytique, et je n’ai cessé de penser à Annie Anzieu. Elle incarnait pour moi un mélange très particulier de simplicité et de profondeur comme je l’ai déjà dit, mais aussi d’infinie tendresse, et ceci sans la moindre trace d’angélisme. La tendresse dans sa complexité, et dont l’effet est parfois si thérapeutique. Je ne sais toujours pas si je l’ai assez remerciée de cette incroyable leçon de vie qu’elle m’a donnée avec tant de délicatesse.

Merci Annie Anzieu de tout ce que vous avez fait et de ce que vous étiez, tout simplement.
                    
Pr Bernard Golse