La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°192 - Page 50 Auteur(s) : Alain Mijolla de
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Jeudi 19 septembre 1907 -  Lettre de Freud à Jung : « Les gens ne veulent pas qu'on leur fasse la leçon. C'est pourquoi maintenant ils ne comprennent pas les choses les plus simples. Le jour où ils voudront, il s'avérera qu'ils comprennent les plus compliquées aussi. Jusque-là, la consigne est : continuer à travailler, discuter le moins possible. On ne pourrait en effet que dire à l'un : vous êtes un imbécile, à l'autre : vous êtes un filou, et il est à bon droit exclu de réaliser l'expression de ces convictions-là. Nous savons par ailleurs que ce sont de pauvres bougres, qui craignent d'une part de choquer, de nuire à leur carrière, et qui de l'autre, sont enchaînés dans la peur du refoulé en eux-mêmes. Il nous faut attendre qu'ils périssent tous ou qu'ils deviennent lentement minorité. Ce qui arrive de frais et de nouveau nous appartient de toute manière. »

Mercredi 13 octobre 1886 -  Lettre de Freud à Carl Koller : « Tu as raison de supposer que Paris signifie pour moi un nouveau début dans l'existence. J'ai trouvé là un maître, Charcot, tel que je me l'étais toujours représenté, j'ai appris à voir cliniquement, dans la mesure où j'en suis capable, et j'ai emporté avec moi une bonne quantité de connaissances positives. J'ai seulement été assez bête pour ne pas avoir plus d'argent que pour cinq mois. Rentré de Paris - je passe sur un séjour de quatre semaines à Berlin que je n'ai employé, à vrai dire, qu'à la traduction des nouvelles conférences de Charcot - je me suis établi ici, désespéré. Appartement en location et service, maigre réserve en liquide, fondant rapidement. Mais tout s'est mieux passé que je ne m'y attendais. Ce que l'aide de Breuer, ce que le nom de Charcot ont fait pour moi, ce qu'a fait peut-être aussi la curiosité spontanée pour un nouveau venu, voilà ce que je n'analyserai pas ; j'ai gagné en trois mois et demi 1100 fl. et me suis dit que je pourrais me marier, si ça continuait à ce rythme. Une série de circonstances est alors venue hâter mon mariage : l'impossibilité de garder le logement, ma mobilisation à Olmutz du 10 août au 10 septembre, certaines circonstances familiales, etc., bref, après ma libération du service militaire je me suis rendu à Wandsbek, le 14 septembre j'ai mis un terme à mon désir de longue date (de me marier), et, après un court séjour sur la Baltique, je suis revenu ici par étapes. Arrivés ici le 29 septembre, nous étions en mesure, dès le 4 octobre, d'annoncer le début des consultations. Ma petite femme a arrangé, à l'aide de sa dot et des cadeaux de mariage, un intérieur charmant, trop modeste cependant pour les pièces noblement somptueuses de Maître Schmidt. Une seule chose, jusqu'à présent, ne va absolument pas comme je le voudrais : mon cabinet. Je fais vraiment un nouveau début, et beaucoup plus dur que le premier, mais les choses iront peut-être bientôt un peu mieux. »

Jeudi 21 octobre 1965 -  Extraits d'une interview de Marthe Robert (Les Lettres Françaises) : « Je ne voudrais pas tomber à mon tour dans ce travers des rapprochements simplificateurs que je dénonçais tout à l'heure. Pourtant l'œuvre de Kafka comme celle de Freud naît d'une prise de conscience aiguë de ce que les valeurs reçues ne cadrent pas avec la réalité, que la réalité n'est pas donnée, qu'elle est à conquérir, et que la première phase au moins de cette saisie est étonnamment destructrice, négative. L'œuvre de Kafka, et celle de Freud, sont de formidables machines de démolition, chacune en son genre bien sûr. Le fait d'en être conscient entraînait chez l'écrivain un profond sentiment de culpabilité, qui, chez le savant pouvait être atténué par des certitudes scientifiques, des confirmations apportées par la vie. »

Alain de Mijolla
ademijolla@free.fr