La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°191 - Page 58 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Jeudi 23 juillet 1908 - Lettre de Freud à Karl Abraham  « Ce qui altère le plaisir que me donne votre travail, vous le savez aussi. C’est qu’il a rendu manifeste votre discorde latente avec Jung. Comprenez-moi bien ; je ne peux rien vous reprocher ; je présume à part moi que l’antisémitisme contenu des Suisses, qui veut me ménager, se reporte de manière renforcée sur vous. Je veux simplement dire que nous devons, en tant que Juifs, si nous voulons, où que ce soit, être de la partie, développer un brin de masochisme, être disposés à nous laisser faire un peu de tort. Sans quoi ça ne colle pas. Soyez assuré que, si je m’appelais Oberhuber, mes innovations auraient, en dépit de tout, rencontré une résistance bien moindre. »

Lundi 21 juillet 1919 -  Lettre de Max Eitingon à Sigmund Freud : « Dans l’espoir que vous vous portez bien et que vous profitez de l’éloignement de Vienne et de toutes ses excitations, je voudrais vous parler aujourd’hui d’un petit élément psychanalytique qui n’est peut-être pas dénué de signification. Samedi dernier, à ma demande, notre association a pris la décision d’ouvrir dès l’hiver prochain une Policlinique psychanalytique à Berlin. Nous allons donc commencer la « psychothérapie pour le peuple » analytique sans attendre que l’État actuellement en reconstruction ou bien de généreuses impulsions anthropophiles d’un particulier à la dr. von Freund nous donnent de grands moyens pour poursuivre ces objectifs. Une Policlinique m’a paru, dans sa modestie et sa faisabilité, l’ovulum qui se prête le mieux à servir de futur institut de recherche pour la psychanalyse. Nous sommes déjà à peu près assurés d’obtenir les moyens relativement faibles nécessaires pour une Policlinique de taille pas trop petite – trois médecins doivent pouvoir y travailler conjointement.

Dimanche 5 août 1923 -  Lettre de Sigmund Freud à Lou Andreas Salomé : «  Très chère Lou, j’apprends avec effroi - et de la meilleure source - que vous consacrez chaque jour jusqu’à dix heures à la psychanalyse. Je considère cela naturellement comme une tentative de suicide mal dissimulée, ce qui me surprend beaucoup, car, et pour autant que je sache, vous avez fort peu de sentiment de culpabilité névrotique ; je vous adjure donc de cesser et d’augmenter plutôt le tarif de vos consultations du quart ou de la moitié, selon les cascades de la chute du mark. L’art de compter paraît avoir été oublié par la foule des fées rassemblées autour de votre berceau lors de votre naissance. Je vous en prie, n’envoyez pas mon avertissement aux quatre vents ! Je réfléchis à la façon dont je pourrais vous faire parvenir le prochain petit envoi sans l’exposer à la dévaluation du mark et quand même l’assurer contre le vol. »

Jeudi 16 août 2001 - Sophie Noucher écrit dans le Nouvel Observateur : « Il n’existe pas de façon plus relaxante de s’exprimer en séance que de le faire depuis un environnement familier, comme de chez soi, derrière son ordinateur ». Russell Razzaque, psychanalyste à Birmingham, en Grande-Bretagne, est persuadé que le Net peut bouleverser la pratique de la psychanalyse. Il a fondé le site cybernalysis.com, où il propose, pour 60 dollars environ (450 francs) des thérapies par chat (conversation en ligne) ou par vidéophonie. Pour lui, le patient qui communique via un écran est moins inhibé et peut contacter plus fréquemment son psy. En retour, le praticien dispose de plus de temps qu’en séance pour réfléchir aux propos de son patient, grâce à l’analyse écrite des e-mails ou du chat. Si de vrais psychanalystes s’investissent sincèrement sur la Toile, le Net regorge évidemment de sites qui sentent l’arnaque. Sur une page anglo-saxonne, il est demandé 850 dollars (près de 6000 francs) pour un « traitement » virtuel de seize semaines censé vous débarrasser de l’anorexie ! »