La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°103 - Page Auteur(s) : Alain de Mijolla
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19 novembre 1885 - Freud écrit à Martha, de Paris : "Ce n'est pas du tout gentil de ta part d'insister tellement sur la laideur de Mme Ricchetti. Tu sais pourtant bien que, quelle que soit sa beauté, elle ne saurait être comparée à Martha. C'est, en tout cas, une femme extrêmement distinguée et très gentille, qui parle couramment quatre langues, a beaucoup lu, n'en fait pas étalage, mais pose trop de questions, ce qui est un peu fatigant. Elle reste silencieuse quand les hommes parlent mais s'intéresse à tout, se montre pleine de bonté envers son mari qui ne peut se passer d'avoir toutes ses aises, si bien qu'il me dit toujours : "Il n'existe qu'une Louise." Elle se laisse envoyer où il veut, reste auprès de lui quand il le désire, est aux petits soins pour lui et partage ses joies. Je suis un peu son cavalier servant et elle m'en récompense par de petites attentions, par exemple en me servant des beignets à déjeuner le lendemain d'un jour où je m'étais plaint de l'absence d'entremets. (...) Voici comment nous nous voyons : le matin, il vient me prendre pour aller à la Salpêtrière puis nous passons ensemble prendre sa femme chez lui et allons chez Duval. L'après-midi, je retourne seul au laboratoire et rentre à six heures, à sept heures nous allons dîner, puis nous nous promenons un peu ou bien je passe encore une heure chez eux."

14 novembre 1911 - Emma Jung, la femme de Carl G. Jung poursuit sa correspondance avec Sigmund Freud : "Il y a une chose cependant que je dois récuser fermement, et c'est la manière dont vous comprenez mes "aimables interprétations", comme vous les appelez : premièrement, je n'entends bien sûr en aucune manière que Carl ne doit pas attacher d'importance à votre opinion, il va sans dire qu'on reconnaît une autorité, si on ne le peut pas, cela n'est alors qu'un signe de non-indépendance surcompensée. Ce n'est donc pas cela que j'entends, ce n'était que ce résidu, qui le rendait anxieux et peu sûr, qui me semblait superflu. (...) J'avais mis ces hésitations devant la seconde partie en relation avec les remarques qu'il faisait constamment d'un visage perplexe, sur ce que vous en penseriez, etc. Qu'il pût avoir lui-même des résistances contre ce travail me semblait exclu ; mais maintenant, il semble que, cette crainte de votre opinion n'ait également été qu'un prétexte pour ne pas devoir persévérer dans l'auto-analyse que ce travail signifie véritablement (...) Vous m'avez tout à fait mal comprise aussi dans mes paroles, auxquelles je n'étais pas autorisée, il est vrai, concernant vos affaires de famille. Jeter une ombre sur vos enfants, cela je ne le voulais vraiment pas. Je sais qu'ils ont bien tourné, et je n'en ai jamais douté le moins du monde. J'espère que vous ne croyez pas sérieusement que j'ai voulu dire qu'ils sont "obligés d'être dégénérés". Je n'ai rien écrit qui puisse vouloir dire cela, même de loin. Je sais qu'il s'agit chez vos enfants de maladies physiques ; je voulais toutefois soulever la question de savoir si ces manifestations physiques ne pouvaient pas justement avoir une détermination psychique, en ce sens que par exemple il y aurait une moindre résistance. (...) Je vous remercie cordialement d'estimer qu'il vaut la peine de discuter avec moi de ce qui vous est le plus personnel."

19 novembre 1950 - Marie Bonaparte écrit à Rudolf Loewenstein : "Au nouvel Institut il y aura cours et séminaires avec candidats, non plus centre de propagande universitaire comme l'ancien. Une bibliothèque, salle de lecture, neuf ou dix cabinets pour traitements, ce qui donnera une polyclinique dont Cénac et Lagache auront la direction. Cela nous permettra d'avoir des analysés ne pouvant payer les gros prix au taux des assurances sociales et on "démocratisera" enfin."