La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°159 - Page 58 Auteur(s) : Alain Mijolla de
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Jeudi 16 février 1929 - Lettre de Freud au pasteur Oskar Pfister : « Ma remarque à propos de mes fantasmes d’avenir, sur les analystes, qui n’auront pas le droit d’être prêtres, paraît peu tolérante, je l’avoue. Mais songez que je parle d’un avenir lointain. Pour le présent, j’admets bien les médecins, alors, pourquoi pas les prêtres ? Vous avez aussi raison de rappeler que l’analyse n’amène pas à une nouvelle conception du monde. Elle n’a pas besoin de cela, car elle repose sur la conception scientifique générale du monde, avec laquelle la conception religieuse reste incompatible. Mais pour cette dernière, il n’est pas essentiel qu’elle voie l’idéal de l’action humaine en Jésus-Christ, Bouddha ou Confucius et recommande qu’on l’imite. Son essence est faite des pieuses illusions d’une Providence et d’un ordre moral universel, qui contredisent la raison. Le prêtre sera toujours tenu de les représenter. On peut naturellement user du droit humain à l’inconséquence, faire un bout de chemin avec l’analyse, puis s’arrêter pile, un peu comme Charles Darwin, qui allait régulièrement à l’église le dimanche. Pour ce qui concerne les patients et leur désir des valeurs éthiques en honneur, je ne vois là aucune difficulté. L’éthique est basée sur les inévitables exigences de la coexistence humaine et non sur l’ordre de l’univers extra-humain. Je ne crois pas agir comme s'il existait un « sens de la vie et de l'univers », c’est trop amicalement pensé et me rappelle ce religieux qui veut voir en Nathan un chrétien à part entière. Je ne suis pas, tant s’en faut, un Nathan, mais je ne puis naturellement pas éviter non plus de rester, pour vous, « bon ».


Dimanche 8 février 1931 - Lettre de Freud à Max Eitingon : « Au cours de la dernière semaine les experts ont de nouveau découvert qu’une certaine prolifération de la muqueuse dans ma cicatrice était certes non maligne, mais suspecte tout de même, qu’on ne pouvait pas savoir ce qu’elle allait donner et qu’il fallait donc l’enlever. Je me suis plié à cette décision en déployant toute ma passivité et j’ai ainsi subi hier une nouvelle petite opération chez Pichler. Cette fois c’était une électrocoagulation, je suis moins abasourdi qu’en octobre, mes douleurs ont déjà disparu aujourd’hui, je fume en vous écrivant et si j’échappe à la grippe et à la pneumonie par absorption de corps étrangers, je ne manquerai vraisemblablement le travail que deux ou trois jours. (...) Parlons à présent des cigares ! Je suis très heureux d’avoir reconquis un modeste plaisir toxique. Mais ce qu’offre la Régie autrichienne des tabacs est devenu pour moi aussi impossible que tout ce que nous avons tenté à Berlin. Je me suis fait parvenir un certain nombre de petits hollandais par la voie légale, mais cela représente un sacrifice financier considérable - comme tant d’autres choses « légales » - et ne me permettra vraisemblablement pas non plus de répétition. Il faut donc revenir au trafic. Je ne me rappelle certes pas le nom de l’homme à Berchtesgaden, mais il n’y a pas beaucoup de trafics là-bas (...) Trois boîtes peuvent suffire pour que je constate que les cigares ont conservé leurs qualités. »


Vendredi 4 février 1949 - Lettre d’Ignace Meyerson aux Presses Universitaires de France au sujet de La science des rêves : « Très pris par d’autres travaux plus importants, j’ai tardé à réviser la traduction du livre de Freud, comme il vous est arrivé de tarder à publier tel ouvrage d’un auteur pressé parce que vous pouviez difficilement faire autrement. Les relations entre auteurs et éditeurs reposent sur ces adaptations réciproques. Je vais maintenant, tout prochainement, regarder cette traduction. (Je ne sais d’ailleurs pas, si vous ne fondez pas de trop grands espoirs sur le succès de ce livre, qui date d’un demi-siècle et est très vieilli et dépassé) ».