La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°154 - Page 50 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Samedi 3 juin 1933 - Lettre d’Ernest Jones à Freud : « J’ai été navré d’apprendre la mauvaise passe qu’a dû traverser le malheureux Ferenczi, mais j’apprends par Roheim que la fin a été, contre toute attente, soudaine, et qu’il n’a pas souffert. [...] Je garderai bien entendu le secret sur ce que vous m’avez dit de la dame américaine, mais je suis inquiet de voir la paranoïa étalée sur la place publique : elle était assez évidente pour tous les analystes qui ont entendu sa communication au dernier Congrès et c’est à ce propos que j’écris aujourd’hui. Eitingon ne voulait pas qu’elle soit présentée au Congrès, mais je l’en ai persuadé. Je pensais à l’époque vous demander votre avis quant à sa publication dans la Zeitschhrift, au cas où vous souhaiteriez ajouter une Anmerkung der Redaktion. J’espérais que Ferenczi lui-même ne la publierait pas, mais quand j’ai reçu les épreuves de la Zeitschhrift, j’ai eu le sentiment qu’il serait blessé si elle n’était pas traduite en anglais, et je lui ai donc demandé l’autorisation à cette fin. Il a paru satisfait, et non contents de la traduire, nous en avons fait l’article d’ouverture du numéro de juillet. Depuis sa mort, j’ai beaucoup réfléchi à la disparition de la raison personnelle de la publier. [...] Sa parution ne serait d’aucun profit pour personne. Ses thèses scientifiques et ses propos sur la pratique analytique ne sont qu’un tissu d’illusions, qui ne peuvent que discréditer la psa et conforter ses détracteurs. On ne saurait imaginer que tous les lecteurs du Journal apprécieront l’état mental de l’auteur, et à cet égard il faut aussi penser à la postérité ! Je crois donc que mieux vaut retirer l’article, à moins que vous ne me fassiez savoir que vous souhaitez le contraire. »

Mercredi 27 juin 1934
- Freud à N. N... : « II n’est pas exclu qu’un traitement analytique provoque une impossibilité de poursuivre une activité artistique. L’analyse n’en est alors pas responsable, car la chose se serait de toute façon produite et il ne peut qu’être avantageux de l’apprendre à temps. Si néanmoins la pulsion vers l’art est plus forte que les résistances intérieures, la productivité ne pourra être qu’augmentée, jamais diminuée par la psychanalyse. »

Dimanche 21 juin 1964 - Annonce de la fondation par Jacques Lacan de l’École Freudienne : « Je fonde - aussi seul que je l’ai toujours été dans ma relation à la cause psychanalytique - l’École Française de Psychanalyse, dont j’assurerai, pour les quatre ans à venir dont rien dans le présent ne m’interdit de répondre, personnellement la direction. Ce titre dans mon intention représente l’organisme où doit s’accomplir un travail, - qui dans le champ que Freud a ouvert restaure le soc tranchant de la vérité -, qui ramène la praxis originale qu’il a instituée sous le nom de psychanalyse dans le devoir qui lui revient en notre monde -, qui par une critique assidue y dénonce les déviations et les compromissions qui amortissent son progrès en dégradant son emploi. Cet objectif de travail est indissoluble d’une formation à dispenser dans ce mouvement de reconquête. C’est dire qu’y sont habilités de plein droit ceux que moi-même j’ai formés, qu’y sont conviés tous ceux qui peuvent contribuer à mettre de cette formation le bien-fondé à l’épreuve. Ceux qui viendront dans cette École s’engageront à remplir une tâche soumise à un contrôle interne et externe. Ils sont assurés en échange que rien ne sera épargné pour que tout ce qu’ils feront de valable, ait le retentissement qu’il mérite, et à la place qu’il conviendra. »