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Le langage de Winnicott : une découverte personnelle
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°150 - Page 46-48 Auteur(s) : Jan Abram
Article gratuit

Puisque je n’avais que vingt minutes pour présenter « mes études sur Winnicott » j’aidecidé d’utiliser un power-point afin de montrer ses principaux titres. Le lecteur trouvera donc, qu’une publication n’est comme un rêve qu’une version condensée d’une oeuvre plus ample. J’espère que le lecteur comprendra ces limites. Je voudrais remercier les organisateurs de m’avoir invitée à présenter mon travail de Winnicott. Je vais donc faire un résumé de mes découvertes personnelles concernant la théorie, proposer des prolongements et exposer les projets en cours à partir des archives.

1. Le langage de Winnicott - une découverte personnelle
• Le contexte d’études et les idées qui en émergent. Mon travail sur Winnicott a débuté  lorque j’ai travaillé pour la Squiggle Foundation (dans les années 1980).
C’était un lieu de discussions et de débats. J’ai beaucoup étudié ses textes et cela m’a permis de développer mes idées.
• Le style de Winnicott. Auparavant, comme de nombreuses personnes, j’ai toujours eu grand plaisir à lire Winnicott en raison du pouvoir évocateur de ses mots. Mais quand on essaye de le comprendre, il en est autrement. Que voulait- il dire exactement?
• Le volume et les types de textes. Il y a en fait différents types de textes visant des publics variés et pas seulement le milieu psychanalytique.
• Les publications. Par ailleurs, entre 1931 et 1971, les publications des textes de Winnicott ont été assez fragmentées, regroupées par thème et non pas chronologiquement. Après sa mort, il en a été de même.
• Les textes secondaires. Au tout début de ma recherche, j’ai eu des difficultés à trouver des textes secondaires (en anglais) qui éclaircissent ses mots. J’ai découvert trois livres qui m’ont aidée et inspirée – Boundary and Space de Madeleine Davis (1982), The matrix of the mind de Thomas Ogden (1985) et Winnicott de Adam Phillips (1988). Mais, à l’époque, je me sentais frustrée de ne pas trouver un livre comme Le vocabulaire de la psychanalyse (de Laplanche et Pontalis), parce que j’avais besoin d’analyser les textes en profondeur. Je sentais qu’il y avait quelque chose de très intéressant dans tous ces textes mais aussi séduisant - comme le dit Ogden (quand il cite Frost) - les mots de Winnicott «… évoque des formules… qui ne seront pas formulées – ou presque ou pas tout à fait. » (Abram, 2007 p. xxvi).

2. Le but d’un dictionnaire sur Winnicott
• Un guide impartial pour la découverte
A mon avis, les publications de Winnicott par thème (plutôt que chronologiquement) produisent trop de mystère. J’ai voulu prendre en considération le cadre de son travail et pour cela il me fut nécessaire de trouver un cadre pour le dictionnaire. De plus, mon intention était d’offrir au lecteur un guide pour ces textes qui permette à chaque lecteur  une découverte personnelle. Finalement il m’a semblé impossible de ne pas citer Winnicott. Ses mots et ses théories sont effectivement uniques comme la poésie.
• Un guide détaillé des concepts parce qu’il y a des subdivisions pour chaque mot, qui explique et cite les articles sur 40 ans. Grâce à cela, on peut voir la trajectoire d’une conception.
• Un guide de l’évolution historique de ses concepts. Pour illustrer clairement la constance de ses préoccupations.
• Un trajet jusqu’au bout de l’évolution de sa pensée. Pour examiner sa pensée et les sentiments qu’elle évoque en nous.
• Un langage qui prend vie.

3. Les découvertes conceptuelles
Il est impossible de dresser une liste complète de toutes ses découvertes ici – donc je vais essayer de présenter les plus importantes selon moi.
• Une véritable matrice théorique. Il y a une véritable matrice théorique comme Ogden l’a démontré dans sa Matrice de l’esprit. Mais la fondation est freudienne, au-delà  de ses échanges avec Melanie Klein.
• Un changement paradigmatique de Freud. Ça veut dire qu’il y a ce que Thomas Khun a appellé un changement de paradigme (Kuhn, 1952).
• La nature humaine : cadre de référence
Le concept de la nature humaine est un concept philosophique comme nous le rappelle André Green, qui a dit que « le travail de Winnicott était un prolongement de Freud. Il n’est pas en rupture avec Freud mais, au contraire, il a complété son travail ». Le cadre de référence est vraiment la nature humaine. En effet Winnicott a compris que la psychanalyse était une théorie de la nature humaine.
• L’influence de Melanie Klein. C’est peut-être parce que l’autre changement paradigmatique de Melanie Klein a géneré un point de précision dans le travail de Winnicott, qui n’a pas remis en cause toutes les théories de Klein, mais certains éléments...

4. La pulsion de mort
• La pulsion de mort n’existe pas. Pour Winnicott la pulsion de mort était la plus grande erreur de Freud et il n’était pas le seul à le dire. Cependant Melanie Klein était vraiment convaincue par ce concept, et pour elle la pulsion de mort est innée. Pour elle, la haine, le sadisme, et l’envie sont les manifestations de cette pulsion de mort.
• L’utilisation de l’objet est le concept que Winnicott a développé en réaction à la pulsion de mort de Freud et Klein. Il a présenté ce nouveau concept à New-York en 1968 et parce que ses collègues ne comprenaient pas les idées inhérentes à ce concept, il a dû réviser son texte d’origine.
• L’utilisation de l’objet d’après le texte Moïse et le Monothéisme. Écrit 6 semaines après sa présentation, c’est un texte court mais plein d’idées autour du concept… il veut expliquer que c’était Pline l’Ancien qui a raison quand il a dit « il y a une pulsion - comme le feu ».

5. Survie de l’object
• Une théorie de l’agression. Finalement Winnicott a trouvé ce qu’il avait cherché éperdument durant toute sa vie : une théorie de l’agression. Il met l’accent sur la destruction du sujet vers l’objet.
• Réception de l’objet d’attaque du sujet L’idée centrale de cette théorie est que l’objet doit recevoir l’attaque du sujet.
• Bonjour objet. Winnicott dit «… après que le sujet se connecte à l’objet vient l’étape où le sujet détruit l’objet » (quand celui-ci devient externe) ; et ensuite il se peut que l’objet survive à la destruction par le sujet.
• Une nouvelle caractéristique.
Une nouvelle caractéristique émerge ainsi de cette théorie. Le sujet dit à l’objet : « Je t’ai détruit » et l’objet est là pour recevoir cette information. A partir de maintenant l’objet dit « Bonjour objet, je t’ai détruit, je t’aime. Tu es important pour moi parce que tu as survécu à ma destruction ». Tant que je t’aime je te détruis à chaque fois (fantasme inconscient). A mon avis cette théorie implique le processus d’intériorisation, c’est-à-dire un objet qui survit. (Abram,  2003 ; 2005 ; 2007 ; 2010).

6. L’objet qui survit et l’objet qui ne survit pas
• L’objet qui survit. L’objet qui survit est un objet intrapsychique qui émerge en conséquence de la survie de l’objet – à chaque phase du développement jusqu’à la mort.
• L’object qui ne survit pas. Le corollaire est un objet qui ne survit pas intrapsychiquement et émerge quand l’objet ne reçoit pas et donc ne survit pas.
• Adolescence et sexualité. Dans mes articles, j’ai voulu montrer qu’un objet qui survit n’est pas total jusqu’à ce que l’adolescence soit passée (plus ou moins). La sexualité de l’enfance est toujours présente dans cette théorie. Dans mon dernier article (Abram, 2010) j’ai montré que pour activer le désir il est nécessaire d’avoir un objet qui survit.

7. Les découvertes dans les archives
•Les carnets. En 2003 j’ai trouvé les carnets de rendez-vous de Winnicott de 1949 à 1971. Il y a également un petit livre qui mentionne tous ses patients y compris Masud Khan.
•Les faits – où est la vérité ? Il y a beaucoup d’histoires sur la relation entre Winnicott et Khan. Khan a dit que son analyse avec Winnicott avait duré 15 ans. Mais ma recherche a montré que son analyse, 5 fois par semaine, s’est déroulée pendant deux ans et demie seulement, et non pas 15. On trouve cela dans ce petit livre de Winnicott. En poursuivant nos recherches, nous pouvons découvrir encore plus de faits couvrant ces mensonges. (Abram & Thompson, publication à venir).
• Le dernier mot de Winnicott sur la pulsion de mort. Ma recherche actuelle se concen­tre autour des dernières notes de Winnicott en préparation pour un congrès à Vienne en 1971. Il est mort plusieurs mois avant, mais c’est clair qu’il était encore préoccupé par les thèmes de la dissociation et de la survie de l’objet, déterminante dans  l’origine de l’agression sans la pulsion de mort.
• Recherches prochaines. Je suis en train de finir un volume pour la New Library de Psychoanalyse Donald Winnicott Today. Il y aura deux volumes – un de théorie et le deuxième sur la clinique de Winnicott. 8. The collected works of Donald Woods Winnicott.  12 Volumes
Depuis 1998 je me suis efforcée d’organiser les écrits de Winnicott en 12 volumes – avec tous les articles présentés par ordre chronologique pour faciliter les futures recherches sur Winnicott.

Références
Abram, J. (2003), « Squiggles, clowns and Catherine Wheels : réflexions sur le concept winnicottien du violation du self », Le Coq Héron n°173.
Abram, J. (2005), « L’objet qui survit » Alcorn, D. translator, Journal de la psychanalyse de l’enfant, 36,139–74, Paris, Bayard.
Abram, J. (2007), The language of Winnicott : A dictionary of Winnicott’s use of words, 2nd edn. London, Karnac Books.
Abram, J. (2007), L’objet qui ne survit pas : Quelques reflexions sur les racines de la terreur, Houzel, D. translator, Journal de la psychanalyse de l’enfant, 39:247–70. Paris, Bayard.
Abram, J. (2010) Du désir et de la sexualité feminine, Alice Bauer-Torrente translator, Bulletin Fédération de Psychanalyse, 64.
Abram, J. (forthcoming), DWW’s notes on the Vienna congress 1971 : a consideration of Winnicott’s theory of aggression and its clinical implications, New Library of Psychoanalysis.
Davis M., Wallbridge D. (1981), Boundary and space : An introduction to the work of DW Winnicott, New York, NY,  Brunner ⁄ Mazel.
Ogden TH. (1986), The matrix of the mind : Object relations and the psychoanalytic dialogue, Northvale, NJ. Aronson. Phillips A. (1988), Winnicott, Cambridge.
Winnicott DW. (1945b), Primitive emotional development, Int J Psychoanal 26:137–43.
Winnicott DW. (1945c), Towards an objective study of human nature, New Era in Home and School, Postscript: 179–82
Winnicott DW. (1949c), Hate in the countertransference, Int J Psychoanal 30:69–74.
Winnicott DW. (1958), Anxiety associated with insecurity [1952]. In : 1958a, 97–100.
Winnicott DW. (1969), The use of an object and relating through identifications, Int J Psychoanal 50,711–6
Winnicott, DW. (1972), Mother’s madness appearing in the clinical material as an ego-alien factor, In Peter L. Giovacchini (Ed.,) Tactics and Techniques in Psychoanalytic Therapy, London, Hogarth, 1972, in Psychoanalytic Explorations (375 – 382).
Winnicott DW. (1974), Fear of breakdown (1963), Int Rev Psychoanal 1:103–07.
Winnicott DW. (1989), The use of an object in the context of Moses and monotheism (1969). In 1989, 240–6.