La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°143 - Page 46 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Mercredi 20 avril 1910 - Minutes de la société psychanalytique de Vienne : «  En ce qui concerne la formulation psychologique des conditions du suicide, nous n’en sommes qu’au début. Pour l’instant, nous pouvons accepter sans hésiter la thèse de l’orateur selon laquelle, dans le suicide, la pulsion de vie est vaincue par la libido. (...) La question est de savoir dans quelles conditions cette victoire est possible et quand elle mène au suicide au lieu de produire une névrose. Selon cette conception, le suicide ne serait pas tant une conséquence qu’un substitut de la psychose, bien que les deux formes puissent bien entendu se combiner à un degré quelconque. Concernant le second point - les suicides d’écoliers, il serait intéressant d’établir si le désespoir d’être jamais aimé est effectivement chaque fois la condition du suicide ; la formule a quelque chose de séduisant. (...) Les maîtres se préoccupent trop peu de la question de la sexualité de l’enfant. Leur tâche ne se limite pas à ne pas pousser l’enfant au suicide ; il y a davantage à faire ; ils doivent aussi œuvrer en faveur de la vie. (...) La raison pour laquelle si peu de maîtres, de nos jours, sont à la hauteur de cette tâche et tant d’entre eux commettent les erreurs que nous venons de condamner (prendre les choses au tragique et ignorer le facteur sexuel) est liée à la proscription croissante dont l’homosexualité fait l’objet de nos jours. En réprimant la pratique de l’homosexualité, on a simplement aussi réprimé la tendance homosexuelle des sentiments humains qui est si nécessaire à notre société. Les meilleurs maîtres sont les vrais homosexuels qui ont réellement cette attitude d’aimable bienveillance envers leurs élèves. Mais si un maître à l’homosexualité réprimée est confronté avec cette exigence, il devient sadique envers ses élèves ; ces maîtres haïssent et persécutent les enfants parce qu’ils ont ces « exigences sexuelles », irritant par là la sexualité des maîtres. Tout comme les homosexuels sont les meilleurs maîtres, les homosexuels refoulés sont les pires et les plus sévères.

Lundi 30 avril 1934
- Livre de Jean Bothorel sur Bernard Grasset : « Sous l’affectueuse pression d’Alice Turpin
- qui travaille auprès d’Henry Muller et qui lui manifesta toujours une amitié vraie - il consulte un jeune psychiatre, le Dr Jacques Lacan. Au bout de vingt-trois jours, il rompt avec le futur grand timonier de la psychanalyse, dont il juge l’action inutile et néfaste : « Jeune médecin, vraisemblablement de bonne foi, mais manquant d’expérience humaine, et surtout ne se rendant pas compte que l’état où je me trouvais n’avait pour cause que le régime sans nom auquel j’avais été soumis pendant plus d’un mois. « Il accepte, pourtant, sur le conseil de Lacan, de séjourner dans la clinique du Dr Olivier Garrand, au château de Garches, vaste bâtisse Napoléon III au milieu d’un parc, où il pourra bénéficier d’un soutien médical tout en jouissant d’une liberté complète de mouvements. Cocteau venait d’y faire une cure de désintoxication. »

20 avril 1974 - ECF, La lettre mensuelle, n°9 : Lettre de J. Lacan adressée en avril 1974 : « Ce principe est le suivant que j’ai dit en ces termes. L’analyste ne s’autorise que de lui-même, cela va de soi. Peu lui chaut d’une garantie que mon Ecole lui donne sans doute sous le chiffre ironique de l’A.M.E. Ce n’est pas avec cela qu’il opère. (...) Ce à quoi il a à veiller, c’est qu’à s’autoriser de lui-même il n’y ait que de l’analyste. Car ma thèse, inaugurante de rompre avec la pratique par quoi de prétendues Sociétés font de l’analyse une agrégation, n’implique pas pour autant que n’importe qui soit analyste. Car en ce qu’elle énonce, c’est de l’analyste qu’il s’agit. Elle suppose qu’il y en ait. S’autoriser n’est pas s’autori(tuali)ser. Car j’ai posé d’autre part que c’est du pas-tout que relève l’analyste. Pas-tout être à parler ne saurait s’autoriser à faire un analyste. A preuve que l’analyse y est nécessaire, encore n’est-elle pas suffisante. Seul l’analyste, soit pas n’importe qui, ne s’autorise que de lui-même.