La Revue

Le temps qui passe...
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°128 - Page 58 Auteur(s) : Alain de Mijolla
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Mercredi 5 juillet 1885-  Lettre de Sigmund Freud à sa fiancée : "Mon doux trésor, voyons, je ne te comprends pas du tout. Être bonne au point de laisser les gens faire n'importe quoi et être incapable de s'en offusquer, voilà qui cesse d'être une vertu. Je ne suis pas prude et t'estime d'autant plus de ne pas l'être, mais comment peux-tu honorer Élise de ta visite après ce qui est arrivé, et particulièrement après le dernier incident ? Cela me dépasse. Je vais m'épargner de te faire le sermon que tu peux te faire toi-même, mais vraiment, cela me rappelle de manière frappante nos plus mauvais jours que je croyais à jamais disparus. Pour porter un jugement, l'homme doit s'élever au-dessus de lui-même, sinon ce n'est qu'un guten Putschen (un bon paillasson), comme nous disons à Vienne."

Mercredi 19 juillet 1922- Lettre d'Oskar Pfister à Freud : "Mais en ce qui concerne l'anagogique, que vous avez cru flairer dans mon autre bouquin, je me sais innocent. Pour l'analyse, c'est le "catagogique" qui est essentiel.
J'ai complètement renoncé à la manière jungienne. Ces "interprétailleries", qui présentent toutes les immondices comme une marmelade spirituelle d'un genre élevé, toutes les perversités comme des oracles et des mystères sacrés et introduisent frauduleusement un petit Apollon et un petit Christ dans les âmes les plus biscornues, ne valent rien. C'est de l'hégélianisme traduit en psychologie : tout ce qui est doit être rationnel. Si, au moins, c'était cette
théorie-là ! (...) Mais l'analyse en tant que telle se doit de prendre authentiquement au sérieux tous les brûlés des feux de l'enfer, de ne pas vêtir le diable de feuilles de vigne et de rendre pleinement justice à la parabole du bon grain et de l'ivraie."

Mercredi 2 aout 1961 - Intervention de Serge Lebovici au XXIIème Congrès de l'Association Psychanalytique Internationale (Édimbourg) : "Je prends la parole comme représentant de la Société psychanalytique de Paris. Je le fais sans passion, mais nous croyons que l'assemblée administrative de ce Congrès doit être avertie d'une situation dangereuse qui risque de n'être pas particulière à mon pays et qui peut se produire ailleurs. Un psychanalyste n'est pas satisfait de la situation qui lui est faite à l'intérieur de sa Société. Il la quitte et fonde un nouveau groupe, mais en entraînant inévitablement certains éléments manifestement indésirables. Il s'agit là d'une situation dangereuse pour l'avenir du mouvement psychanalytique international. Car les bons éléments contenus dans ces groupes
dissidents seront noyés par les collègues indésirables. Bien que nous mesurions tous les dangers qu'une telle
décision va susciter, si vous décidez de suivre les propositions de l'Exécutif de l'Association psychanalytique
internationale et si vous pensez que la soi-disant "Société française de Psychanalyse" doit devenir un groupe d'études, nous saisissons l'occasion d'exprimer nos remerciements à la Société Britannique de Psychanalyse ou à un Comité européen d'en accepter éventuellement la tutelle, conformément aux propositions de l'API."