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Le nouveau code de la sexualité
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°127 - Page 23 Auteur(s) : Danielle Torchin
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Le nouveau code de la sexualité

Sait-on toujours à quoi l'on s'engage lorsqu'on se promène tout nu chez soi, lorsque, médecin, on entame une liaison avec une patiente ou une ancienne patiente, lorsqu'on rompt par texto ? Pas si sûr, répondent Jacques Barillon, avocat inter­­­national et Paul Bensussan, psychiatre auprès des tribunaux. Ils se sont donc associés pour répondre à ces questions, et à bien d'autres encore, dans un ouvrage tout à fait remarquable dans lequel ils décortiquent avec sérieux et humour les situations pouvant poser problème.

Pour illustrer leur propos, nous ne résistons pas à donner les réponses aux quelques questions de l'introduction. Peut-on sans souci se promener tout nu chez soi ? Oui, à condition écrivent les auteurs, "de pouvoir démontrer que l'on a pris un minimum de précautions pour ne pas être vu (de l'extérieur) par un témoin involontaire dont la pudeur pourrait être offensée par cette exhibition." Cependant, ce n'est pas le simple fait d'être surpris qui caractérise le délit d'exhibitionnisme, réprimé par la loi, mais bien l'intention d'être vu. L'ancienne qualification d' "outrage public à la pudeur" qui revenait à la seule possibilité d'être surpris par autrui n'est plus d'actualité. Seuls des amants qui n'auraient pris aucune précaution pour ne pas être vus dans une crique déserte. Voire auraient tout fait pour être surpris, pourraient être sanctionnés. Dans le même ordre d'idée, on peut être poursuivi pour exhibitionnisme dans un camp de naturistes si un acte obscène est commis ou si survient une érection ostentatoire susceptible de choquer !

Si un médecin cède à la tentation d'avoir une liaison avec une patiente, il risque non seulement une sanction disciplinaire mais aussi une sanction pénale. Le "consentement" de la patiente est alors présumé vicié du fait de l'ascendant moral que le praticien exerce sur une personne dont il aurait dû mesurer la vulnérabilité. Et même si la relation thérapeutique a pris fin le médecin encourt un risque pénal. Il peut, en effet, être soupçonné d'en avoir artificiellement provoqué le terme pour échapper à toute obligation éthique ou déontologique. Ce qui veut dire que même si le médecin, séduit, a adressé la patiente à un confrère pour pouvoir entamer une liaison, il est susceptible d'être sanctionné.

En cas de rupture, mieux vaut se montrer fair play même au tout début d'une relation et même s'il n'y a ni mariage ni cohabitation. Les demandes de dommages et intérêts peuvent coûter très cher à celui qui rompt par mail ou SMS. La liberté de se séparer, comme le soulignent les auteurs, est toute relative et le prix de la rupture d'autant plus élevé que la liaison aura duré longtemps. De quoi encourager les aventures ?

Les auteurs envisagent ainsi une soixantaine de situations concrètes, tirées de leurs pratiques afin comme ils l'écrivent "d'informer sur les risques judiciaires que chacun encourt dans le cadre de sa vie la plus intime". A méditer !