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Médiations thérapeutiques et psychose infantile
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°122 - Page 19 Auteur(s) : Laurence Joseph
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Médiations thérapeutiques et psychose infantile

Le livre d'Anne Brun, psychologue clinicienne et maître de conférences à l'Uni­ver­sité de Lyon II, est un trésor de références théoriques qui sont justifiées par un travail clinique au­then­­­tique. Freud définit l'origine de la vie psychique comme un appel à la figuration du corporel. Dans son ouvrage Médiations thérapeutiques et psychose infantile, Anne Brun développe et travaille cette affirmation. Son approche est extrêmement rigoureuse, aucun élément n'est laissé de côté et l'ensemble de la pensée analytique est convoqué. Le projet consiste à présenter les médiations thérapeutiques, et en particulier la médiation picturale, dans la prise en charge d'enfants psychotiques et autistes. La clinique est omniprésente avec un vrai souci de description et de mise en situation. "Les processus de symbolisation, pour pouvoir se déployer ont besoin d'une matérialité qui leur résiste." (B. Chouvier). Anne Brun parle en effet de rencontre avec la matière, de l'émergence de la symbolisation dans et par la matière. Le groupe de thérapeutes, par la médiation de l'objet et la mise en place du transfert, peut devenir un contenant secure (Bion) qui permettra les premières symbolisations. Le travail du groupe doit donc introjecter les fonctions contenantes pour restaurer les enveloppes psychiques défaillantes. Anne Brun montre comment il est possible de recommencer ces premières expériences, quittant ainsi le glas des diagnostics définitifs. La pensée de Winnicott est très présente dans l'ouvrage faisant ainsi honneur à la malléabilité et la créativité. Mais, le travail avec ces enfants n'est pas sans surprise, les enfants attaquent la solidité du cadre, mettant ainsi en jeu leur propre morcellement. La supervision de ces groupes est donc fondamentale, elle permet de réunifier ce qui a pu être éclaté et diffracté. Ce travail de parole autour des séances de médiations picturales fait du groupe un contenant pérenne. Anne Brun ne travaille pas seule, elle met avec talent en relation les grands penseurs de la question : Meltzer, Tustin, Kaës, Bion, Bleger, Roussillon, Anzieu. La dimension sensorielle en jeu dans la psychose infantile et dans l'autisme est ainsi mise en valeur. D'où l'importance phénoménologique de la matière, de sa résistance à la destruction, de son animation, de sa réversibilité. Piera Aulagnier est ici incontournable, Anne Brun présente ses avancées avec beaucoup de clarté et permet de penser la médiation picturale en écho avec les pictogrammes, posant une spécularité entre le corps, la psyché et le monde. Ainsi, comprenons bien que la médiation picturale est, par son dispositif même, une sollicitation du pictogramme. L'originaire, où psyché et corps ne se distinguent pas, y est appelé dans sa représentation qui devient écho direct du sensoriel. Aulagnier et Winnicott se rejoignent ici dans la nécessité d'expression d'une sensorialité précoce, renvoyant aux agonies primitives.

Le support pictural, lieu de projection des éprouvés du sujet, est investi de sensorialité, devenant par là même une peau vivante. G. Haag a longuement travaillé cette question, reprise ici par l'auteur qui développe cette thématique de peau psychique qui varie selon les cas d'autisme et de psychose. L'expérience d'Anne Brun donne tout son sens et permet de comprendre clairement  les avancées de Didier Anzieu et de Geneviève Haag, du point de vue des feuillets psychiques : de l'adhésivité à l'individuation, notamment dans un chapitre passionnant sur le médium aquatique dans la thérapie d'enfants autistes. L'auteur développe avec précision ce passage du sensoriel pur à la symbolisation. La minutie de l'analyse clinique nous plonge dans la répétition de certains enfants, certains par exemple tentent de diluer à l'infini la peinture, effaçant les traces dont ils sont l'auteur, l'inscription étant intolérable. Ou au contraire d'autres ne laissant jamais sécher une toile, dans une tentative de réanimation perpétuelle du vivant. Anne Brun effectue alors un parallèle avec la peinture d'Henri Michaux et la douleur qui y éclate. Michaux en peignant souhaitait se dissoudre  dans une temporalité d'avant le verbe, d'avant la coupure des signes. "Ce n'est pas dans la glace qu'il faut se considérer, Hommes, regardez-vous dans le papier."