La Revue

Appartenance et filiations
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°34 - Page 22-23 Auteur(s) : Sylvie Séguret
Article gratuit
Livre concerné
Appartenance et filliations

Tous les enfants ne sont pas désirés. Beaucoup d'enfants sont bienvenus sans avoir été désirés. Mais il en est d'autres pour lesquels la naissance n'a pas été bienvenue pour des parents empêchés, carencés, dans l'incapacité d'offrir un minimum de contenance et d'accueil. Il faut alors mettre en place un autre accueil, une autre contenance. C'est le rôle de la DDASS, de l'A.S.E., d'institutions comme "La vie au grand air" qui reçoit des enfants placés par la protection sociale ou judiciaire.

L'auteur est psychologue dans cette fondation, ainsi qu'à l'hôpital Saint Vincent de Paul, à Paris. Elle nous fait partager dans cet ouvrage son expérience clinique et humaine, nous faisant ressentir au plus juste les interrogations d'un enfant placé, ses questions essentielles sur ses origines, ses géniteurs, ses parents d'adoption, ses institutions de placement. Il est ici question de secrets, de non dits, de droit et de transmission. Les problématiques de la séparation, de l'appartenance, de la filiation, de l'abandon et de l'adoption sont évoquées au travers de vignettes cliniques, de réflexions et d'interrogations, y compris sur la vocation à soigner, éduquer, juger ces enfants-là.

Ouvrage original, car il laisse l'espace à la femme-poète, à la conteuse qui dit la vérité quand elle invente des histoires, il témoigne également d'une expérience clinique riche, s'appuyant sur une théorie vivante et accessible à tous. Cet ouvrage devrait trouver sa place dans tous les services s'occupant d'enfants placés et devrait enrichir tous ceux qui s'occupent d'enfants ayant à vivre ces ruptures .

Françoise Peille sait entendre les enfants et défend ardemment le droit à une enfance. Mais elle sait aussi parler à l'enfant qui demeure à l'intérieur de chacun de nous, et qu'elle sollicite dans son livre. Elle met l'accent sur la part d'enfant meurtri en nous, qui, comme l'enfant placé, " cherche ailleurs un amour sans partage, un parent idéal, car l'être humain le plus comblé affectivement, garde toujours quelque blessure, puisqu'il a connu l'inexorable différence entre ce qu'il aurait voulu recevoir, et ce qui lui a été donné."