La Revue

La femme et sa filiation
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°6 - Page 11 Auteur(s) : Béatrice Koeppel
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Le colloque qui s'est tenu le 28 janvier au CNAM sur le thème "La femme et sa filiation" a eu le mérite d'apporter par des contributions de grande qualité et chacune relevant de sa propre discipline, un éclairage original sur la question du lien mère-fille et comment la filiation maternelle se transmet à un sexe distinct quoique semblable. Françoise Héritier a su, dans un exposé riche, apporter son savoir anthropologique au service d'une réflexion centrée sur le système de lignage dans certaines sociétés, en prenant également des exemples dans le Coran et l'Eglise : ne pas plaquer nos catégories sur ce que les gens disent mais savoir prendre au pied de la lettre leur structure de parenté. Elle a dégagé un concept intitulé l'inceste du 2ème type à savoir les liens qui unissent la fille à sa mère non biologique et à un père adoptif et aussi l'interdit d'avoir pour deux soeurs le même partenaire sexuel.

Muriel Flis-Treves s'est située dans un autre registre, celui de la psychanalyse, et, avec subtilité et rigueur à partir de la littérature, du cinéma et de l'énoncé de sa pratique de psychanalyste, a su nous ramener au symptôme des ruptures de filiation avec un exposé intitulé Impossible filiation. Evoquant sa pratique à l'Hôpital A. Béclère, Muriel Flis-Trèves est revenue sur les échecs de la FIV en proposant une interprétation freudienne à savoir que l'échec dans la filiation est paradoxal, il ramène au fonctionnement de la sexualité infantile, mais aussi, cet échec dans l'univers médical est l'échec de l'autre, un défi à la toute puissance infantile. Marc Fellous, généticien, a pu rendre accessible avec une grande clarté et de surcroît humour, la difficile question posée aux généticiens du déterminisme du sexe chez l'homme en partant du gène de la masculinité jusqu'au clônage positionnel du gène, il a réussi à mettre en évidence que plusieurs gènes agissent entre eux pour qu'un sexe soit déterminé. Rendant hommage aux malades "le prix à payer" (hermaphrodites, transsexuels) qui font progresser la science génétique, il a comparé l'immense tâche du chercheur face à la Tour de Babel. Pierre Fédida, qui a animé toutes les discussions en les replaçant à chaque fois dans les problématiques les plus pertinentes, a interpellé Marc Fellous en ces termes : "Vous êtes Darwinien et Freudien à la fois. Le Pr Frydman nous a transporté au coeur de la modernité avec les filiations dans le don des ovocytes. Evoquant la légende de la femme sans ombre, impératrice née d'une fée qui doit trouver une ombre pour accoucher d'une enfant de son mari, sinon celui-ci se transformera en pierre, le Pr Frydman, à partir de là, a pu exposer les nouveaux problèmes liés à une filiation où le don d'une femme transforme l'autre femme en mère. Par une classification des donneuses : donneuse relationnelle, donneuse passionnelle, occasionnelle et additionnelle, il a su avec sobriété et d'un point de vue éthique, sans se départir de sa pratique médicale, aborder les questions encore ouvertes du don anonyme et de ce qu'il est convenu d'appeler les grossesses après la ménopause ou celles dites des "mamies".

Enfin ce colloque s'est achevé avec l'exposé de Jean Guyotat sur la Filiation et la puerpéralité. Il a évoqué de nombreux cas pris dans sa pratique psychiatrique : psychose puerpérale, délires de filiation. Il a notamment insisté sur les liens de filiation "ce par quoi un individu se définit par ses descendants réels ou imaginaires". Dans la psychose puerpérale, la mère par rapport à sa fille, se vit comme la division d'un corps en deux, comme la reproduction du même, ressentant le corps du bébé comme son double répété. En bref, un colloque qui fera date et qui par ces approches multiples et denses contribue à faire avancer la réflexion sur la femme et sa filiation en laissant ouvert le débat.