La Revue

Le centre Médical Marmottan
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°7 - Page 12 Auteur(s) : Claude Olievenstein
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Le Centre Médical Marmottan a été ouvert en 1971. Il était partiellement inspiré des free clinics de San Francisco. Il postulait sur le volontariat des toxicomanes, ce qui, à l'époque, était considéré comme une grave bêtise. Il postulait également que la toxicomanie ne relevait pas de la psychiatrie traditionnelle car le toxicomane était à la fois un malade et un non malade. En règle générale, sa relation avec le plaisir était passée sous silence. Marmottan devait être l'instrument d'élaboration d'une nouvelle clinique de la dépendance.

Peu à peu émergeait la notion que la clinique du toxicomane était autant une clinique de l'intensité qu'une clinique de la causalité. Les éléments essentiels de cette clinique sont le contenu affectif et la cinétique spécifique de la rencontre d'un sujet et du produit. Nous avons également défini la toxicomanie comme une équation à trois paramètres: la rencontre d'un produit, d'une personnalité et d'un moment socioculturel. C'est dans cet esprit qu'a été organisé le Centre Médical Marmottan, aujourd'hui souvent imité, jamais égalé, car, en effet, il est difficile de saisir de l'extérieur l'originalité du projet que nous allons tenter de résumer:

- le volontariat: protégés par l'anonymat, les toxicomanes viennent librement; ne sont pas reçus, sauf nos anciens, ceux qui sont sous la main de la justice.

- l'absence de rendez-vous: on vient quand on veut à Marmottan. L'accueil est ouvert 7 jours sur 7; il y a une permanence et un service téléphonique 24 heures sur 24.

- l'hospitalisation: elle est élaborée avec un projet post hospitalier; les séjours sont de 7 jours en moyenne. Le contrat peut être rompu à chaque moment. Nous nous réservons le droit de ne pas reprendre le sujet. Il n'y a pas de visite, pas de coup de téléphone. Toute violence ou toute introduction de drogue implique l'expulsion et l'interdiction d'être reçu au Centre plus ou moins longtemps.

- le travail en réseau avec d'autres institutions: postcures, familles d'accueil, appartements thérapeutiques, suivi psychothérapique.

- autogestion du temps du personnel: le personnel gère son temps de travail en fonction des besoins.

- depuis l'apparition du Sida fonctionne, toujours anonymement et gratuitement, une consultation spécialisée de Médecine Générale.

- enfin, service social de haute qualité, consultation juridique, accueil des familles, thérapie de groupe, action sur le corps, complètent le tableau.

Chaque année un rapport annuel largement repris par la presse fait le bilan de l'activité et indique l'opinion du Centre Médical Marmottan sur la situation de la toxicomanie en France et sur les grandes prise en charge des toxicomanies. C'est ainsi que nous avons décidé de ne pas donner de produits de substitution, voulant ainsi que subsiste une institution qui n'accepte pas une fatalité dans la chronicisation de nos clients.

A ce sujet, dénonçons une imposture: le sevrage n'est pas obligatoire. Nous avons toujours accueilli les demandes des toxicomanes, y compris de calmer sa douleur momentanée. Nous n'avons jamais posé la guérison du toxicomane comme une fin en soi mais s'il le souhaite il est bien évident que nous l'accompagnons dans une telle démarche.