La Revue

Psychiatrie périnatale
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°41 - Page 21-22 Auteur(s) : Véronique Lemaître
Article gratuit
Livre concerné
Psychiatrie périnatale
Parents et bébés: du projet d'enfant aux premiers mois de vie

Sous ce titre alléchant, et à la lecture de la jaquette ("premier ouvrage en langue française qui soit entièrement consacré à ce champ", mais quid du Traité de Psychopathologie du bébé de 1989 ?), je m'attendais à une synthèse récente des travaux sur la question. Il s'agit en fait des actes du premier colloque international de Psychiatrie Périnatale organisé en Janvier 1996 à Monaco, introduit par un intéressant compte-rendu des travaux de Marcé, précurseur dans ce domaine (1858) de U. Coco et Ph. Mazet. Il y est ensuite publié le texte d'une quarantaine des interventions faites pendant ce colloque, pour certains tel quel, pour d'autres fermement réactualisé. L'ordre de la publication rend compte de l'originalité de cette nouvelle discipline, la psychiatrie périnatale, dont l'objectif est de rétablir une certaine continuité clinique entre les questions que soulèvent le désir d'enfant et sa réalisation concrète : le bébé en chair et en os. Quatre parties donc : la conception, la grossesse, l'accouchement et les premiers mois de vie, complétées d'une cinquième : aspects sociaux et culturels.

Avant et au-delà de la conception.

Nous trouvons sur ce thème la communication introductive d'Y. Gauthier, large balayage des travaux antérieurs et actuels, une étude qui tend à prédire la qualité de l'accueil du bébé à partir de l'harmonie de la relation du couple avant la conception, et trois études sur les difficultés de conception : grossesse après mort périnatale et aide médicale à la procréation.

La grossesse

M. Bydlowski rappelle les bases fondatrices de notre compréhension des processus psychiques de la grossesse et S. Missonnier en fait une intéressante application concrète dans l'utilisation de l'échographie au service de la mise en place des processus de parentalité. J. Manzano relie dépressions pré et post-natales. Sont ensuite consignées quatre études sur la pathologie maternelle pendant la grossesse : psychose et séropositivité au VIH, et la pathologie malformative fotale.

L'accouchement,

Sur l'accouchement, on trouve surtout des éléments de méthode pour aborder le travail interdisciplinaire en maternité (équipes de Montpellier et Montfavet) et un article sur l'infanticide.

La période postnatale

Ce chapitre avec la confrontation des points de vue internationaux sur la dépression du post-partum et ses effets catastrophiques sur le développement du bébé est très enrichissant. Les communications de L. Murray et E.Z. Tronick sont ici publiées en français. Remercions G. Danon qui nous facilite l'accès à ce dernier auteur par la traduction d'un article publié l'année dernière : l'impossibilité de créer des états de conscience dyadiques dont Tronick avait parlé à Monaco comme conséquence de la dépression du post-partum, est resituée au sein d'une conception de l'interaction construite sur l'étude microanalytique de cette interaction :élaborant un " modèle de régulation mutuelle ", il remet en cause l'idéal de synchronie qui était présupposé pour accorder toute son importance à la notion de réparation de l'interaction : les dyades qui fonctionnent bien sont celles où les deux partenaires ont l'occasion de réussir à réparer les erreurs interactives. La dépression maternelle rend vaines les tentatives de réparation qu'effectue le bébé, et confirme ainsi les deux partenaires dans l'idée qu'ils trouveront peu de bénéfice à chercher à s'accorder. L'incapacité à réparer est ici reliée à la notion de dépression dans un autre contexte épistémologique que celui (qui nous est plus familier) du concept kleinien de position dépressive. S'agit-il d'une résurgence ? Nous trouvons aussi dans ce chapitre une série d'articles sur l'hospitalisation parents-bébé et les stratégies d'intervention dans cette période de la vie (en particulier F. Palacio-Espasa, D. Knauer).

Les aspects sociaux et culturels

Nous trouvons là pêle-mêle des nouvelles de pays où cela ne va bien pour personne et donc bien sûr où c'est encore pire pour les bébés (Bengladesh, Russie, Brésil). Lutter contre notre impuissance dans ce domaine me semble être une priorité et à ce titre la place de ce chapitre dans le livre mérite reflexion : tout se passe comme si d'un point de vue français cette réalité ne parvenait pas à s'intégrer au reste de notre pratique et restait à part sur le mode d'un " il ne faut pas oublier que . ". La disproportion en moyens déployés et en résultats publiés entre ce qui nous vient de l'hémisphère Nord anglophone et ce qui nous vient d'ailleurs pourrait nous faire réfléchir sur les conditions d'efficacité clinique de ces résultats et de la méthode qui a permis de les obtenir. Il ressort de tous les travaux que l'expérience de la parentalité doit être protégée dans sa continuité. Le morcellement dont nous prenons conscience aujourd'hui tel qu'il est vécu dans notre monde occidental entre désir d'enfant, conception, grossesse, accouchement et soins à donner au bébé, gagne à être confronté aux résultats des travaux ethnopsychanalytiques tels que " Etude préliminaire des soins précoces mère-bébé (crianza) chez les P'urhe (Mexique), Vers une ethnopsychanalyse périnatale (A. Barriguete et coll. p.471). L'observation respectueuse et sans a priori permet de découvrir que notre volonté d'agir sur l'expérience de la parentalité se doit avant tout d'accueillir le réseau complexe de sens dans lequel elle se déroule, et de reconnaître à quel point elle est unique. La méthode ethnopsychanalytique se rapproche ici de la méthode d'observation des bébés mise au point par E. Bick qui offre un irremplaçable outil de formation des intervenants dans la période périnatale.

Je ferais un reproche à ce livre ambitieux dans son projet : celui ou celle qui intervient sur le terrain dans la période périnatale pourra trouver assez facilement des références théoriques (merci à A. Féo pour son index qui est très bien fait) , mais il ou elle restera sur sa faim quant aux moyens à développer pour faire face à la violence des mouvements émotionnels que la périnatalité suscite, ce qui est pourtant une clé essentielle de l'efficacité de nos interventions.