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Cultures et thérapies
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°41 - Page 19-20 Auteur(s) : François Giraud
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Cultures et thérapies

L'intervention de tiers dans la relation clinique constitue une des originalités de la démarche ethnopsychanalytique. C'est un point qui pour certains représente une difficulté majeure, voire une cause d'opposition. La culture ne serait qu'un élément étranger dont l'interférence nuit à une relation qui doit être centrée sur les aspects idiosyncrasiques du patient, conçus comme esssentiellement universels. Ce qui conduit certains à penser qu'aucune approche psychanalytique n'est possible dans un tel cadre.

L'ouvrage présenté par Claude Mesmin est un regroupement d'études fournissant à la fois des réflexions théoriques et des informations anthropologiques utiles aux cliniciens dans la perspective de la médiation ethnoclinique pour la thérapie et la prévention. Une série d'articles présente plusieurs ensembles culturels. Si certains sont plus familiers, du fait que plus nombreux sont les patients (et les thérapeutes) qui en sont issus, comme c'est le cas pour les kabyles, d'autres textes nous ouvrent des espaces moins connus, comme la Turquie (Cemile Dalkilic), l'Arménie (Souren Guioumichian) ou la Chine (LinFang). Alors que certaines de ces études sont centrées sur les croyances, par exemple autour de la naissance, d'autres concernent plutôt la famille et ses traditions. Ainsi, à propos de la Chine, l'auteur montre le poids continu de contraintes très anciennes liées, par exemple au confucianisme, mais souligne aussi comment les évolutions récentes de ce pays et les évènements politiques du XXème siècle ont ouvert une crise de la famille chinoise en Chine même. Ce qui prouve bien que, contrairement à ce que pensent et pratiquent certains, la culture n'a rien d'intemporel, malgré son enracinement ancien, mais connait des évolutions dont il faut tenir compte. Il n'y a ni culture, ni société sans histoire.

L'ensemble de ces textes est encadré par une discussion entre Tobie Nathan, Claude Mesmin et quelques autres qui apporte de nouveaux éléments au débat sur les conceptions de cet auteur. Celles-ci suscitent des demandes d'explications assez incisives qui pointent bien la radicalité de ses positions et le fait qu'elles posent bien des problèmes. Mais ceci manifeste bien que cette pensée "à la limite", est discutable au sens où, par son caractère provocant, elle suscite réaction et prise de parole. On n'est plus là dans les limites de généralités et de truismes sur "le particulier dans l'universel", un genre de langue molle que l'on entend parfois, mais dans un espace intellectuel dont le relief accroche et permet de rebondir, parce qu'il met en tension le rapport aux altérités. Même si l'on n'est pas d'accord, cela fait avancer la réflexion.