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Epître aux insensés
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°41 - Page 18-19 Auteur(s) : Gabrielle Rybak Dietz
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Epître aux insensés
Etude sur les clivages

Gérard Bayle nous offre un livre riche en images, nourrissant en métapsychologie, généreux en clinique. Il nous entretient d'une clinique éprouvante de patients dits "difficiles", qui mettent à rude épreuve l'analyste tant les identifications désubjectivantes ou "VAP pour Vampirique, Adhésive et Projective" marqueront de tous leurs poids la relation transféro-contre-transférentielle dans ces cures.

Gérard Bayle éclaire le fonctionnement économique de ces pathologies dans sa complexité intrapsychique et interpsychique voire transgénérationnelle et nous invite à nous arrêter auprès de ceux qui souffrent de trauma sexuel, de blessure et de carence narcissiques, de deuil pathologique et de perversion narcissique. Il nous rappelle le rôle foncièrement conservateur du déni "qui protège ce que la forclusion détruit" comme celui du signal d'angoisse dans sa fonction anticipatrice.

Tout au long de ses travaux, Gérard Bayle s'inscrit dans la continuité de la pensée freudienne et de nombreux auteurs contemporains tels que P.C. Racamier, A. Green, C. Le Guen et M. de M'Uzan, notamment à travers sa sensibilité aux fluctuations économiques de la psyché, à ses débordements et avatars qui, chez ces patients, trouvent le plus souvent une traduction au dehors alors que le conflit semble intrapsychique de prime abord.

Gérard Bayle suppose un clivage qui "ne serait pas un fossé entre deux zones, mais le résultat d'une bipolarité et d'un gradient d'investissement". Il nous montre le passage possible du clivage fonctionnel au clivage structurel et nous conduit aux frontières, à la périphérie du ça, au "centre d'abolition symbolique", quand l'anéantissement des signifiants correspondant à une blessure parentale et une perte de leurs charges libidinales, de leurs énigmes sexuelles inconscientes (Laplanche) induit non plus un clivage fonctionnel mais structurel cette fois, donnant lieu à un transfert narcissique, paradoxal.

L'autre peut alors être utilisé comme une prothèse narcissique de l'un, le psychanalyste n'étant pas toujours à l'abri des effets pervers de cette relation d'emprise susceptible d'attaquer sa capacité à occuper le rôle de pare-excitant consubstantiel du patient avec le projet de l'amener à avoir accès à la transitionnalité et de voir la fonction symbolisante se rétablir d'une manière enrichissante et créative. L'investissement de ces prothèses narcissiques rend compte à la fois des failles de la structuration oedipienne et réalise une résistance puissante quant à sa résolution éventuelle. Il se fait tantôt d'une façon apparente, relationnelle, tantôt d'une manière plus cachée, plus insidieuse à travers des formations caractérielles, l'adoption de rustines religieuses, politiques, de conformisme à la mode...

Nous aimerions nous arrêter sur cette citation de Freud (S. Freud, 1932, Nouvelles conférences sur la psychanalyse) choisie par Gérard Bayle : "Ne vous figurez pas que les diverses fractions de la personnalité soient aussi rigoureusement délimitées que le sont, artificiellement, en géographie politique, les divers pays. Les contours linéaires, tels qu'on les voit dans les dessins ou dans la peinture primitive, ne peuvent nous faire saisir les particularités du psychisme : les couleurs fondues des peintres modernes s'y prêteraient mieux."