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Relaxation et sexualité
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°41 - Page 17-18 Auteur(s) : Marie-Frédérique Bacqué
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Relaxation et sexualité

Deux sexologues, dont l'une est gynécologue et psychothérapeute et l'autre psychiatre, proposent une approche concrète des troubles de la sexualité et du couple. Outre l'aspect diagnostique et la compréhension des phénomènes à l'origine des difficultés sexuelles, la relaxation est présentée comme une voie particulièrement favorable pour aborder l'image du corps, le laisser-aller des perceptions et l'expression émotionnelle. Et tout d'abord faire tomber les tabous. "Clitoridienne ou vaginale ?" Telle n'est pas seulement la question posée par quelque héroïne de Claire Brétecher, mais plutôt le fardeau culturel hérité de nos sociétés masculines dominantes, mais aussi... de nos plus grands psychanalystes ! Quand Freud voit de la maturité sexuelle dans l'orgasme vaginal, il se trompe. Il n'y a pas deux orgasmes mais bel et bien la prolongation d'une première explosion des sens originée dans le clitoris. Avec l'amplification vaginale du plaisir clitoridien , les femmes trouvent une complétude sexuelle rare. Cependant, elles ont été culpabilisées à l'idée d'un plaisir masturbatoire trop infantile comme celui émanant de la focalisation sur le seul clitoris... Mais remettons les pendules à l'heure... La prédominance du modèle masculin vacille peu à peu. Depuis William Masters et Virginia Johnson avec leur fameux rapport de 1968, la différence entre les hommes et les femmes ne figure plus sur un axe quantitatif mais se présente dans toute sa complémentarité. On insistera sur les fameux préliminaires pour la femme. Or cette phase ignorée et méprisée est la grande cause de consultation. L'impossibilité d'attendre chez l'homme (et donc de différer ses pulsions) et l'incapacité d'exprimer, de guider l'autre (par ignorance de son propre corps et par inhibition) chez la femme, se traduisent par des situations bloquées où la frustration côtoie la mise en scène, le mensonge et finalement le refus de l'acte sexuel. L'éjaculation précoce et le vaginisme sont les archétypes de ces incompréhensions. La sexualité, ça s'apprend ! Ou du moins, comme le jazz ça se goûte progressivement, ça s'apprécie... Si 80% des filles n'éprouvent pas de plaisir lors du premier rapport sexuel, qu'en est-il après ? Philippe Brenot cite de nombreuses situations proches de ces couples murés dans leurs différences. L'ensemble de nos microcultures lui fait dire que chaque couple correspond à un "mariage mixte" et que, malgré la "libération sexuelle", nous portons de nombreux fardeaux. Le fameux stress ambiant (battre le temps de vitesse) et surtout, plaie moderne... le modèle télé ! Combien de couples se désagrègent autour de ce nouveau tyran domestique qui transforme le moindre Don Juan en "toxicomane sans drogue avachi" ! "Finalement, pour mon mari, c'est plus facile et plus reposant de regarder la télé que de faire l'amour avec moi !" constate désespérément Brigitte, 28 ans. Philippe Brenot illustre ces modernes maux par autant de cas qui désamorcent les clichés tout en donnant des issues concrètes. Sans crainte, ni préjugés, il aborde des thèmes plus délicats comme le désir pervers, la pédophilie et l'inceste. Son interprétation s'inspire largement des écrits freudiens, mais les données statistiques et les cas cliniques exposés apportent un éclairage singulier. Suzanne Képes poursuit cette dimension novatrice en nous parlant de détente et de relaxation. En citant Guido Cerronetti, elle confirme que "le corps n'est simplement qu'un autre nom de l'âme". Ainsi la méthode de Michel Sapir lui permet d'associer à l'écoute analytique, le toucher du corps. Elle n'hésite pas alors à s'impliquer dans une analyse du contre-transfert pour évoquer toutes les résistances développées tant au niveau de ces zones intimes qu'au lâcher-prise nécessaire pour laisser à nouveau émerger le désir, puis le plaisir. Ces femmes et ces hommes sont littéralement englués dans l'immaturité de leur relation. La perte du désir, l'impossibilité d'accepter leurs élans vitaux où les séquelles de traumatismes de l'enfance peuvent cependant trouver une issue dans une mentalisation enfin autorisée. Pour les plus inhibés, Suzanne Képes utilise la relaxation à inductions variables qui permet de décrire et donc de se représenter les parties du corps taboues, rejetées afin de les réintégrer dans le schéma corporel. Les observations cliniques données à l'appui nous font constater tout l'intérêt de cette prise en compte véritablement psychosomatique du sujet, afin de rétablir les potentiels de bonheur présents chez chacun d'entre nous. Nous ne pouvons que conseiller cet ouvrage à tous, et en particulier aux médecins généralistes à qui viennent souvent se présenter, en première intention, ces jeunes et moins jeunes qui perçoivent que l'épanouissement leur échappe. Les conseils prodigués sont donc dirigés vers le professionnel de santé, cependant, les curieux trouveront ici une approche efficace hautement compréhensible et pleine d'humanité qui les aidera à poser les premiers jalons d'une solution.