La Revue

La psychanalyse dans le champ des psychothérapies
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°44 - Page 23-24 Auteur(s) : Jean Cournut
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Un symposium européen s'est tenu à Strasbourg les 19 et 20 mars, promu par les psychothérapeutes -non  psychiatres, non psychologues, non psychanalystes- qui demandent aux Pouvoirs Publics de labéliser un "certificat européen de psycho­thérapie". Il me semble important d'apporter les précisions suivantes :
1- les 70 000 psychothérapeutes européens se réfèrent à des idéologies très diverses et ont des pratiques très variées. A leur demande, le ministère a mandaté l'AFNOR qui a conclu son enquête en conseillant de consulter l'ensemble des intéressés, ce qui inclura psychiatres, psychologues, universitaires, Conseil de l'Ordre des médecins, associations de psychanalyse, etc...  Le mélange risque d'être assez étonnant, je me permets de vous préciser ci-contre la position très générale que partageront la plupart des psychanalystes.
2- Il y a en France actuellement environ 5000 psychanalystes. Très peu se réfèrent à Jung ou à Adler ; la plupart à Freud et ses successeurs, une partie essentiellement à Freud, une autre à Freud et Lacan. Réparti en diverses associations, cet ensemble estime n'avoir aucune communauté théorique ni pratique avec les sexologues, somatologues, etc... D'où la place à part qu'ils demanderaient certainement sur une "liste" de psycho­thérapeutes éventuellement labélisée par les Pouvoirs Publics.

Les personnes souffrant de troubles psychiques, d'angoisse, de mal-être, s'adressent en France actuellement à des praticiens très divers. En regard, les Pouvoirs Publics se doivent de garantir, autant que faire se peut, la fiabilité de ces praticiens. Ceux-ci se répartissent en deux catégories :

- les psychiatres et les psychologues : libéraux, universitaires, hospitaliers, ils pratiquent des psychothérapies d'inspiration diverses ; ils ont, les uns et les autres un diplôme d'état ;

- les psychothérapeutes : de tout temps, dans toutes les cultures, les hommes ont usé de pratiques censées avoir une action de l'esprit sur l'esprit, en passant par toutes les modalités de la pensée magique et par tous les espoirs ouverts par la pensée scientifique. Quand la visée est plus précisément curative, on parle de "psychothérapie". Les pratiques psychothérapiques sont très nombreuses et très variées tant dans leurs méthodes que dans leurs références idéologiques. Un classement serait difficile à établir, cependant on peut distinguer :

- des méthodes traditionnelles importées d'autres cultures et s'inspirant par exemple du yoga,

- des méthodes plus récentes, pratiquées par des psychologues se réclamant du comportementalisme ou du cognitivisme,

- de nombreuses méthodes de massage, d'expression corporelle, de sexologie, de gestaltthérapie, d'amourologie, etc., se pratiquant en individuel ou en groupe. L'Association Européenne de Psychothérapie tente de regrouper ces diverses méthodes et de promouvoir un diplôme européen de psychothérapie par elle patronné, avançant que médecins, psychiatres, psychologues, universitaires ou psychanalystes, non seulement ne sont pas formés à la psychothérapie, mais qu'ils seraient plutôt " déformés " par les formations qu'ils ont reçues.

Dans ces querelles chacun évidemment revendique sa spécificité en arguant d'un corpus théorique, d'une formation sérieuse, de supervisions de cas et d'une déontologie rigoureuse. On comprend l'embarras des Pouvoirs Publics et leur difficulté à établir une "liste" validante de psychothérapeutes.

Dans ce vaste champ des psychothérapies, les psychanalystes (qui sont pour la plupart psychiatres ou psychologues) n'ont aucune raison de se dérober à ce légitime questionnement identitaire. Pour se définir, ils peuvent présenter les arguments suivants :

-le corpus théorique freudien de référence a été augmenté et diffusé au point que la psychanalyse est devenue dans les Sciences Humaines une pensée incontournable, et dans la vie courante un fait culturel reconnu. -la pratique psychanalytique est "cadrée" dans le temps. A partir du schéma initial de la cure-type (divan fauteuil) qui reste la référence de tout traitement psychanalytique, des variantes techniques utilisent le face-à-face, le psychodrame, le groupe, et abordent des psychopathologies difficiles (psychoses, cas-limites, psychosomatique) ou particulières (enfant, adolescent), etc.

- toutes ces pratiques psychanalytiques ont évidemment une valence psychothérapique ; la psychanalyse fait partie du vaste champ des psychothérapies, elle y a cependant sa place très particulière à plusieurs titres :

-c'est une " cure de parole ", elle ne touche pas le corps,

-elle ne traite pas directement le symptôme,

- elle s'adresse à la personne, à son fonctionnement psychique, conscient et inconscient, aux traumatismes affectifs de son enfance, -elle désaliène le patient de sa dépendance transférentielle ; -elle vise ainsi à ce que la personne (re)devienne sujet lucide de sa propre histoire et de ses choix.

C'est dans ces paramètres que la Société Psychanalytique de Paris  assure la formation de ses membres et élèves (bientôt mille à Paris et dans les régions). Elle est association loi de 1901, et a obtenu la Reconnaissance d'Utilité Publique. Par ailleurs, l'Association Psychanalytique Internationale , dont la SPP est société composante, vient d'être reconnue comme ONG pouvant être consultée par l'ONU sur des problèmes de sa compétence.