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Le sourire de la Joconde
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°42 - Page 16-17 Auteur(s) : Sylvie Séguret
Article gratuit
Livre concerné
Le sourire de la Joconde
clinique psychanalytique avec les bébés prématurés

Psychanalyste dans un service de réanimation néonatale, l'auteur, avec beaucoup de spontanéité et de simplicité, nous fait partager le quotidien de ces services hautement technicisés certes, mais dans lesquels la part psychique se manifeste si énergiquement.

Comment être analyste sans divan ? Comment faire reconnaître la place de sujet désirant de tout être humain, quel que soit son âge ? Ces deux questions, essentielles pour tout psychothérapeute engagé dans un travail avec des équipes médicales, Catherine Mathelin les fait siennes et leur donne, avec son style si vivant et chaleureux, une ou plutôt des formes de réponses éloquentes. Sa réflexion théorique, s'appuyant sur de nombreux cas cliniques, vient en contrepoint de conceptions habituellement largement partagées par les "psy" de réanimation, et de ce fait, remet opportunément sur le métier réflexif certaines idées peut-être trop banalisées. Il s'agit ici de l'analyse du rôle de l'équipe de réanimation. Les équipes se sentent en général investies d'une fonction "grand-maternelle" ( cf la réflexion de Catherine Druon ), fonction de réassurance et de retissage d'un lien mère-enfant brutalement rompu lors du traumatisme de l'accouchement prématuré. La position de Catherine Mathelin est résolument différente : c'est une position "tierce" dans laquelle l'équipe de réanimation "tout entière viendrait protéger, en les séparant, mère et enfant". Cette nécessaire coupure, césure, doit être reconnue, tant par la mère que par l'équipe. C'est toute la question de la haine, du "désir de destruction" qui est ici abordée. "En tant qu'autre, l'équipe a aussi une double fonction : - séparer l'enfant de la mère, - et autoriser celle-ci à devenir mère pour son enfant".

Les références théoriques de l'auteur sont Freud, Winnicott et Lacan. En "supposant du sujet" chez l'enfant, l'analyste introduit une parole vraie dans la relation avec l'enfant - être de langage; en reconnaissant l'agressivité chez les bébés, les parents et les équipes, elle s'éloigne des discours adoucis et mièvres du "parler au bébé" pour pointer les mouvements pulsionnels destructeurs. Le très grand respect que l'auteur a tant pour les médecins dont le dévouement et l'enthousiasme sont si manifestes dans ce type de service, que pour les infirmières qui sont en permanence dans l'attention et le soin envers le bébé hospitalisé, se manifeste dans toutes les interventions de la psychanalyste.

Et le "sourire de la Joconde" qui fait le titre de l'ouvrage, que vient-il faire ici, me direz-vous ? Il illustre sans nul doute pour Vinci l'indéfinissable jouissance de la dévoration maternelle, dans l'attraction répulsive que provoquent les toutes-puissantes mères. Et de ce sourire, qui n'en a peur ? Ce livre apportera des éléments de réflexion originaux et constructifs aux "psy" engagés dans ce type de travail. Il peut également être conseillé aux mères prématurées qui souhaiteraient mettre des mots sur les choses qu'elles vivent .